Appareil photo, micro, casque et anneau lumineux rangés sur un bureau en bois clair

Quelles dépenses un créateur de contenu peut-il vraiment déduire ?

Sommaire

Le matériel de tournage se déduit, à condition de pouvoir le justifier pièce par pièce.

Un créateur de contenu déduit les dépenses nécessitées par l’exercice de sa profession, à condition de les avoir effectivement payées et de pouvoir les justifier. Le matériel de tournage, les logiciels, les frais de déplacement professionnels et une quote-part du domicile entrent dans ce périmètre ; les vêtements de ville, les soins esthétiques courants et les dépenses d’agrément personnel en sortent. En micro-BNC, la question ne se pose pas : aucune charge réelle n’est déductible, l’abattement forfaitaire de 34 % tient lieu de toutes les dépenses.

Mise à jour le 23 septembre 2026

Le critère unique : la dépense nécessitée par l’exercice de la profession

La fiscalité des bénéfices non commerciaux ne connaît pas de liste officielle de charges autorisées pour les influenceurs. Elle applique un critère unique, valable pour une caméra comme pour un abonnement logiciel : la dépense doit être nécessitée par l’exercice de la profession, avoir été payée au cours de l’année, et reposer sur une pièce justificative.

Trois conséquences pratiques en découlent. La dépense doit servir l’activité, et non le confort personnel du créateur. Lorsqu’un bien sert aux deux, seule la fraction professionnelle est déductible, et cette fraction doit être déterminée selon une clé objective, tenue à l’avance et appliquée de la même façon toute l’année. Enfin, une facture au nom de l’activité vaut preuve ; un ticket de carte bancaire sans détail ne suffit pas en contrôle.

Ce critère vaut pour toute profession libérale. Ce qui change pour un créateur, c’est la proximité permanente entre l’outil de travail et la vie privée : le téléphone, le logement, la garde-robe et les voyages servent souvent aux deux. L’enjeu est donc moins de trouver des charges que de documenter la part professionnelle de celles qui existent déjà.

Ce que dit le texte

L’article 93 du code général des impôts pose la règle : le bénéfice à retenir dans les bases de l’impôt sur le revenu est constitué par l’excédent des recettes totales sur les dépenses nécessitées par l’exercice de la profession. Le même article cite expressément, parmi les dépenses déductibles, le loyer des locaux professionnels et les amortissements pratiqués selon les règles applicables en matière de bénéfices industriels et commerciaux. Il précise aussi qu’un contribuable propriétaire des locaux affectés à sa profession ne déduit aucun loyer à ce titre. Le texte est consultable sur Légifrance, article 93 du CGI.

Cette formulation explique pourquoi l’administration raisonne dépense par dépense et non par catégorie. Une caméra achetée pour tourner des vidéos monétisées est nécessitée par l’exercice de la profession. La même caméra achetée pour un usage familial ne l’est pas. Le libellé du poste comptable ne change rien : c’est l’usage réel qui décide.

Matériel, logiciels et local : charge immédiate ou amortissement

Un bien durable s’inscrit en principe à l’actif et se déprécie par amortissement sur sa durée d’utilisation. La doctrine administrative admet toutefois une tolérance utile aux créateurs : les matériels et outillages, le mobilier et le matériel de bureau ainsi que les logiciels dont la valeur unitaire hors taxes ne dépasse pas 500 € peuvent être portés directement en charges de l’exercice. Cette tolérance figure au BOFiP, sous la référence BOI-BIC-CHG-20-30-10. Elle ne s’applique ni à l’équipement initial du local ni à son renouvellement complet, même si chaque élément coûte moins de 500 € hors taxes, et le seuil s’apprécie sur le prix global d’un ensemble indissociable.

En clair : un micro-cravate à 180 € HT, une carte mémoire à 90 € HT ou une licence de montage à 250 € HT passent en charges l’année de l’achat. Un boîtier hybride à 2 400 € HT, un ordinateur de montage à 3 000 € HT ou un ensemble d’éclairage livré comme un kit unique à 1 200 € HT s’amortissent. Un amortissement linéaire sur trois ans pour l’informatique et cinq ans pour le mobilier reste la pratique la plus défendable, dès lors qu’elle correspond à la durée réelle d’utilisation.

Le local suit la même logique. Un studio loué au nom de l’activité se déduit pour son loyer et ses charges. Un tournage organisé au domicile ouvre droit à la déduction d’une quote-part du loyer, de l’électricité, du chauffage et de l’assurance, calculée sur la surface effectivement affectée à l’activité rapportée à la surface totale. Cette quote-part doit rester stable et vérifiable : un plan coté et un calcul écrit valent mieux qu’un pourcentage arrondi.

Vêtements, esthétique, voyages et repas : où passe la limite

Les vêtements constituent le poste le plus souvent redressé. Une tenue portable dans la vie courante n’est pas déductible, même achetée pour un tournage et même jamais portée ailleurs. Ne se déduisent que les vêtements spécifiques, non susceptibles d’un usage personnel, ainsi que les tenues achetées pour être détruites, transformées ou renvoyées dans le cadre d’une prestation. Les soins esthétiques, la coiffure et le maquillage relèvent de la même analyse : le maquillage consommé sur un tournage se déduit, l’entretien esthétique régulier non.

Les voyages se traitent au cas par cas. Un déplacement dont l’objet professionnel est établi par un contrat, un brief de marque, un calendrier de publication et les contenus effectivement produits se déduit pour sa part professionnelle. Un séjour mixte se ventile : les frais de transport et d’hébergement des journées de tournage sont déductibles, ceux des journées libres ne le sont pas. Les repas pris seul en déplacement se déduisent dans la limite de l’excédent sur le coût d’un repas pris à domicile ; les repas d’affaires se déduisent avec l’identité des invités et le motif portés au justificatif.

Restent les charges peu spectaculaires qui pèsent le plus lourd sur un compte de résultat de créateur : abonnements de stockage et de montage, banques de sons et d’images, régie publicitaire, honoraires de retouche, sous-traitance de montage, frais bancaires, cotisation à une assurance responsabilité civile professionnelle, frais de formation. Ces postes récurrents, correctement affectés, représentent très souvent davantage que le matériel. Ils comptent aussi lorsqu’il s’agit d’évaluer les impôts de l’influenceur sur une année complète.

En micro-BNC, aucune charge réelle : l’exemple chiffré

Le régime micro-BNC substitue un abattement forfaitaire de 34 %, avec un minimum de 305 €, à l’ensemble des charges réelles. Tant que les dépenses professionnelles représentent moins de 34 % des recettes, le micro reste avantageux. Au-delà, le régime réel prend l’avantage.

Prenons un créateur qui encaisse 48 000 € de recettes en 2026 et supporte 21 600 € de charges réelles justifiées, soit 45 % de ses recettes. En micro-BNC, l’abattement de 34 % s’élève à 16 320 € et le bénéfice imposable à 31 680 €. Au réel, le bénéfice imposable tombe à 26 400 €. L’écart de base imposable atteint 5 280 € sur une seule année. Ce créateur reste loin du plafond de recettes du micro-BNC, fixé à 83 600 €, mais il a franchi le seuil de franchise en base de TVA de 37 500 € : le passage au réel accompagne alors la sortie de franchise, puisque la TVA supportée sur les achats devient déductible.

Ce que fait le cabinet

Myne tient la comptabilité du créateur sur Pennylane, affecte chaque dépense à son poste et documente les quotes-parts d’usage mixte (domicile, téléphone, véhicule) dans un tableau conservé au dossier. Le cabinet établit le plan d’amortissement du matériel, produit la déclaration de résultat et fixe le périmètre des travaux dans une lettre de mission.

Le choix du régime se prépare, il ne se subit pas. Le calcul du taux de charges réelles est aussi le premier indicateur à regarder avant de passer en société, et il s’apprécie recettes brutes comprises, ce qui suppose d’avoir déjà comptabilisé les cadeaux et dotations de l’influenceur. Un expert-comptable influenceur et créateur de contenu chiffre les deux scénarios sur les données réelles de l’année avant toute option.

Questions fréquentes

Puis-je déduire mon téléphone et mon abonnement ?

Oui, pour la part professionnelle. Un appareil dédié à l’activité se déduit intégralement ; un appareil unique se ventile selon une clé d’usage documentée et stable sur l’année.

Les vêtements achetés pour un tournage sont-ils déductibles ?

Non, dès lors qu’ils restent portables dans la vie courante. Seules les tenues spécifiques, insusceptibles d’un usage personnel, sont admises.

Faut-il amortir une caméra à 1 500 € ?

Oui. La tolérance de passage direct en charges s’arrête à 500 € hors taxes de valeur unitaire. Au-delà, le bien s’amortit sur sa durée d’utilisation.

En micro-entreprise, puis-je déduire mon matériel ?

Non. L’abattement forfaitaire de 34 % remplace toutes les charges, y compris le matériel et les abonnements.

Un voyage payé par une marque est-il une charge ?

Non, c’est d’abord une recette en nature. Le texte ne fixe pas de méthode d’évaluation ; le cabinet retient le prix de vente public du séjour constaté à la date de réception. Les frais que vous supportez vous-même pendant ce déplacement restent déductibles pour leur part professionnelle.

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Ilan Dubois-Pfaelzer est associé de Myne depuis 2023. Il est entré dans la profession chez PwC, d'abord en stage puis comme collaborateur, avant de rejoindre DSA Experts puis Experts Entreprendre, où il a été chef de mission pendant près de sept ans puis associé.

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