Micro-entreprise ou société : le bon moment se calcule sur les charges réelles et le revenu à se verser.
Le passage en société s’impose au-delà de 83 600 € de recettes non commerciales, seuil au-delà duquel la micro-entreprise n’est plus applicable. Il devient intéressant bien avant ce plafond, dès que les charges réellement supportées dépassent 34 % des recettes, puisque l’abattement forfaitaire de 34 % du micro-BNC remplace toute déduction de frais réels. Un troisième déclencheur, souvent atteint en premier, est la sortie de la franchise en base de TVA à 37 500 € de prestations de services.
Mise à jour le 23 septembre 2026
Les trois plafonds qui font sortir de la micro-entreprise
Trois seuils indépendants encadrent l’activité, et ils ne se déclenchent ni au même montant ni avec les mêmes conséquences.
- 83 600 € de recettes en bénéfices non commerciaux. C’est le plafond du régime déclaratif spécial, figé pour 2026, 2027 et 2028. Au-delà, le régime de la déclaration contrôlée s’applique et le résultat se calcule sur les charges réelles.
- 203 100 € de chiffre d’affaires en ventes. Ce plafond concerne les créateurs qui vendent leurs propres produits, avec un abattement forfaitaire de 71 %.
- 37 500 € de prestations de services pour la franchise en base de TVA, avec un seuil majoré de 41 250 €, et 85 000 € pour les ventes, majoré à 93 500 €. La réforme du seuil unique à 25 000 € a été abandonnée.
Le troisième seuil est celui que les créateurs découvrent le plus tard : à 45 000 € de partenariats, on reste dans le micro sur le plan fiscal tout en étant redevable de la TVA. Le mécanisme complet, numéro de TVA intracommunautaire exigé même en franchise compris, est traité sur la page consacrée à la TVA de l’influenceur.
Le vrai déclencheur : le taux de charges réelles
La question n’est pas le chiffre d’affaires, c’est la structure de coûts. En micro-BNC, l’abattement de 34 % tient lieu de toutes les dépenses professionnelles : matériel, logiciels, déplacements, sous-traitance, honoraires. Le point d’équilibre est donc mécanique : au-delà de 34 % de charges effectives, le régime réel devient plus favorable.
Exemple sur 70 000 € de recettes encaissées en 2026.
- Micro-BNC. Abattement de 34 %, soit 23 800 €. Bénéfice imposable : 46 200 €. Cotisations sociales du micro-entrepreneur en libéral non réglementé : 25,6 % du chiffre d’affaires depuis le 1er janvier 2026, soit 17 920 €, calculés sur les recettes brutes et non sur le bénéfice.
- Entreprise individuelle au réel, avec 30 000 € de charges justifiées. Bénéfice imposable : 40 000 €, soit 6 200 € de base en moins qu’en micro, avec des cotisations assises sur ce bénéfice et non sur le chiffre d’affaires.
- Charges de 23 800 €, soit exactement 34 %. Les deux régimes donnent le même résultat fiscal. C’est le point de bascule.
Un créateur qui tourne seul avec un téléphone et un ordinateur reste durablement sous 34 % de charges. Celui qui emploie un monteur, loue un studio et achète du matériel dépasse ce ratio dès la deuxième année. L’inventaire de ce qui est déductible figure sur la page consacrée aux charges déductibles du créateur de contenu.
EURL ou SASU : rémunération, dividendes et protection sociale
Le réel corrige la question des charges. La société ajoute la séparation des patrimoines, la capacité à ne pas s’imposer personnellement sur les bénéfices laissés dans la structure, et l’accueil d’un associé. Entre EURL et SASU, le choix se joue sur le statut social du dirigeant. Le gérant associé unique d’une EURL est un travailleur non salarié : ses cotisations sont assises sur sa rémunération et, à l’impôt sur les sociétés, sur une part des dividendes distribués. Le président de SASU est assimilé salarié : sa protection sociale est plus proche de celle d’un cadre, son coût de cotisations plus élevé à rémunération égale, et ses dividendes échappent aux cotisations sociales.
Deux points chiffrés. Un président de SASU sans rémunération ne cotise pas et n’acquiert aucun droit ; une rémunération alignée sur le SMIC, soit 1 867,02 € brut par mois depuis le 1er juin 2026, ouvre une couverture mais génère des cotisations dès le premier euro. Et les dividendes ne sont pas gratuits : 20 000 € distribués supportent le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %, soit 12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. Le prélèvement s’élève à 6 280 € et laisse 13 720 € nets, après un impôt sur les sociétés déjà acquitté par la structure.
Quand les revenus proviennent surtout de plateformes internationales, la question se combine avec celle des flux étrangers, développée sur la page expert-comptable OnlyFans.
Le coût de la bascule et le bon moment dans l’année
Statuts, annonce légale, dépôt du capital et immatriculation représentent un coût d’entrée, auquel s’ajoutent des obligations permanentes : comptabilité d’engagement, comptes annuels, dépôt au greffe, assemblée d’approbation. Ce coût récurrent se compare à l’économie d’impôt et de cotisations attendue, pas à la seule différence de base imposable.
Le moment compte autant que la décision. Une société créée en cours d’année coexiste avec la micro-entreprise sur l’exercice, ce qui oblige à produire deux déclarations et à répartir les contrats en cours. Une bascule au 1er janvier évite ce chevauchement : elle suppose d’immatriculer la structure en décembre, de transférer les contrats de partenariat et les comptes de plateforme, et de vérifier que les sommes encaissées après le 31 décembre le sont bien par la société. Un expert-comptable pour créateurs de contenu pilote ce calendrier, et la page quel statut pour un créateur de contenu compare les formes juridiques au démarrage.
Les revenus très irréguliers appellent une réserve : un créateur qui encaisse 90 000 € une année et 25 000 € la suivante subit en société une charge fixe que le micro n’impose pas. La sortie du régime micro n’est d’ailleurs pas immédiate, le plafond s’appréciant sur les recettes de l’année précédente ou de la pénultième année.
Ce que fait le cabinet
Myne chiffre le comparatif micro-BNC, réel, EURL et SASU sur les recettes et les charges réelles du créateur, puis établit les statuts, l’immatriculation et le premier exercice comptable sur Pennylane. Le cabinet prend en charge la liasse fiscale, les comptes annuels et les déclarations de TVA, et fixe le périmètre exact des travaux dans une lettre de mission signée avant intervention.
Ce que dit le texte
L’article 102 ter du code général des impôts réserve le régime déclaratif spécial aux contribuables dont les recettes non commerciales hors taxes de l’année précédente ou de la pénultième année n’excèdent pas 83 600 €, et fixe le bénéfice imposable au montant brut des recettes diminué d’un abattement forfaitaire de 34 %, sans que cet abattement puisse être inférieur à 305 €. Le seuil, réactualisé tous les trois ans, est figé à 83 600 € pour 2026, 2027 et 2028.
Deux textes complètent ce cadre. La fiche F21746 de service-public.fr fixe les seuils de franchise en base de TVA pour 2026 à 37 500 € et 41 250 € pour les services, 85 000 € et 93 500 € pour les ventes, et confirme l’abandon de la réforme du seuil unique à 25 000 €. Le décret n° 2025-943 du 8 septembre 2025 porte les cotisations du micro-entrepreneur en libéral non réglementé à 25,6 % du chiffre d’affaires, taux inscrit à l’article D. 613-4 du code de la sécurité sociale pour les périodes courant à compter du 1er janvier 2026.
Questions fréquentes
À partir de quel chiffre d’affaires faut-il quitter la micro-entreprise ?
La sortie est obligatoire au-delà de 83 600 € de recettes non commerciales. Elle devient avantageuse bien avant, dès que les charges réelles dépassent 34 % des recettes, puisque l’abattement forfaitaire tient lieu de toute déduction.
EURL ou SASU pour un créateur de contenu ?
L’EURL place le gérant sous le régime des travailleurs non salariés, avec des cotisations plus faibles et une protection plus réduite. La SASU assimile le président à un salarié, avec une couverture plus étendue, un coût de cotisations supérieur à rémunération égale et des dividendes non soumis aux cotisations sociales.
Peut-on se verser uniquement des dividendes en SASU ?
C’est possible mais le président ne cotise alors pas et n’acquiert aucun droit à retraite ni à prévoyance. Les dividendes supportent par ailleurs le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %, après impôt sur les sociétés déjà payé par la structure.
Quel est le bon moment pour créer la société ?
Le 1er janvier, avec une immatriculation en décembre. Une bascule en cours d’année impose deux déclarations sur le même exercice et le transfert des contrats et comptes de plateforme en pleine activité.
Faut-il facturer la TVA avant de quitter le micro ?
Oui dès 37 500 € de prestations, et la taxe est due dès le premier jour de dépassement du seuil majoré de 41 250 €, soit bien avant le plafond fiscal de 83 600 €.
