Entre le créateur et la marque, l'agent ajoute un intermédiaire : chaque commission doit apparaître sur une facture.
Passer par un agent ou une agence d’influence ne change pas le montant imposable : la recette à déclarer reste le montant brut facturé à l’annonceur, et la commission retenue par l’agent est une charge, pas une réduction de recette. Deux schémas coexistent, le mandat, où le créateur reste le prestataire de l’annonceur, et l’achat-revente, où l’agence achète la prestation puis la revend. Depuis le 1er janvier 2026, le contrat qui lie le créateur à son agent doit être écrit à peine de nullité dès que la rémunération et les avantages en nature atteignent 1 000 € hors taxes sur une même année civile.
Mise à jour le 23 septembre 2026
Mandat ou achat-revente : les deux schémas possibles
La première chose à établir dans une relation avec une agence est l’identité du prestataire aux yeux de l’annonceur. Tout en découle : qui émet la facture, pour quel montant, et sur quelle base la TVA se calcule.
Dans le schéma de mandat, l’agence représente le créateur. Le contrat de prestation se forme entre le créateur et l’annonceur. Le créateur facture l’annonceur pour le montant total de la prestation, l’agence facture au créateur sa commission, et le créateur reçoit soit directement le paiement de l’annonceur, soit un reversement net effectué par l’agence qui a encaissé pour son compte.
Dans le schéma d’achat-revente, l’agence est le client. Elle achète la prestation au créateur et la revend à l’annonceur avec sa marge. Le créateur facture l’agence, pas l’annonceur, pour le montant convenu entre eux. Il n’y a alors pas de commission distincte : la marge de l’agence est invisible dans les comptes du créateur.
Ces deux montages sont licites. Ce qui ne l’est pas, c’est de les mélanger : facturer l’agence tout en déduisant une commission, ou déclarer un net reçu sans pouvoir rattacher le brut à une facture. Les règles de forme de la facture elle-même sont détaillées sur la page consacrée à faire une facture d’influenceur.
L’erreur classique : déclarer le net reçu au lieu du brut
Le relevé d’agence affiche un net. Le compte bancaire reçoit ce net. Le créateur déclare ce net. C’est l’erreur la plus fréquente sur ce sujet, et elle produit une minoration de recettes que l’administration retrouve immédiatement en recoupant les factures de l’annonceur.
Prenons une campagne facturée 5 000 € hors taxes à l’annonceur, avec une commission d’agence de 20 %, soit 1 000 €. Le créateur reçoit 4 000 €.
- Recette à déclarer : 5 000 €, le montant brut acquis au titre de la prestation.
- Au régime réel : la commission de 1 000 € est une charge déductible justifiée par la facture de l’agence. Le bénéfice ressort à 4 000 €, ce qui correspond au flux réellement perçu.
- En micro-BNC : la commission n’est pas déductible. L’abattement forfaitaire de 34 % sur 5 000 € donne 1 700 €, soit un bénéfice imposable de 3 300 €. Les cotisations du micro-entrepreneur en libéral non réglementé, à 25,6 % depuis le 1er janvier 2026, s’appliquent sur 5 000 € et non sur 4 000 €, soit 1 280 €.
Ce dernier point est le vrai coût du micro pour un créateur sous agence : les cotisations sont assises sur un chiffre d’affaires dont il ne perçoit que 80 %. Un créateur qui confie l’essentiel de ses campagnes à une agence atteint le point de bascule vers le réel bien plus vite qu’un créateur qui négocie seul, ce qui rejoint l’analyse de la page sur le fait de passer en société.
La TVA sur la commission de l’agent
La commission est la rémunération d’une prestation de services rendue au créateur. Une agence établie en France la facture avec la TVA au taux normal. Le créateur assujetti récupère cette taxe ; le créateur en franchise en base la supporte définitivement, ce qui alourdit le coût réel de la commission.
Quand l’agence est établie dans un autre État membre de l’Union européenne, la prestation est imposable dans le pays du preneur. Le créateur doit alors disposer d’un numéro de TVA intracommunautaire, y compris s’il est en franchise en base, autoliquider la taxe sur la commission et souscrire les déclarations correspondantes. C’est le point le plus souvent manqué dans ce montage, développé sur la page consacrée à la TVA de l’influenceur. Le même mécanisme s’applique aux agences de gestion de comptes par abonnement, sujet traité par la page expert-comptable OnlyFans.
Le contrat d’agent suit le même formalisme écrit
Le formalisme imposé aux contrats d’influence commerciale ne vise pas seulement la relation avec l’annonceur. Il vise aussi la relation avec l’agent, dès lors que le seuil est atteint. Le contrat doit identifier les parties et leurs coordonnées, décrire la nature des missions confiées, fixer la rémunération ou ses modalités de détermination ainsi que la valeur des avantages en nature, énoncer les droits et obligations de chacun, et prévoir la soumission au droit français lorsque le public visé est établi en France.
Le seuil de 1 000 € hors taxes s’apprécie par annonceur, sur une même année civile, en additionnant les rémunérations versées et la valeur des avantages en nature accordés en contrepartie de prestations poursuivant un même objectif promotionnel. Trois campagnes à 400 € pour la même marque font franchir le seuil. Une campagne à 600 € assortie d’une dotation produit valorisée 500 € également. Le détail du calcul figure sur la page dédiée au contrat écrit avec la marque. Un expert-comptable pour créateurs de contenu contrôle ce cumul au fil de l’eau, puisqu’il est le seul à voir passer l’ensemble des factures et des dotations.
Ce que fait le cabinet
Myne reconstitue le chiffre d’affaires brut à partir des relevés d’agence, des factures émises et des encaissements bancaires, et enregistre séparément les commissions dans Pennylane pour qu’elles apparaissent en charges et non en minoration de recettes. Le cabinet vérifie le schéma contractuel retenu, le traitement de la TVA sur la commission et la déclaration annuelle, dans le périmètre fixé par la lettre de mission.
Ce que dit le texte
Le BOFiP, sous l’identifiant BOI-BNC-BASE-20-20, « BNC, Base d’imposition, Recettes, Nature des recettes », publié le 12 février 2025, énonce que les contribuables doivent comprendre dans leurs recettes la totalité des sommes effectivement encaissées. Le même document précise que les sommes encaissées par un intermédiaire pour le compte d’un professionnel n’ont pas le caractère de recettes pour cet intermédiaire, ce qui est exactement la situation de l’agence mandataire qui encaisse puis reverse : la recette est celle du créateur, pour son montant brut, et la commission se traite en charge.
Sur le volet contractuel, l’article 8 de la loi n° 2023-451 du 9 juin 2023 impose que le contrat conclu entre un influenceur et son agent ou un annonceur soit rédigé par écrit sous peine de nullité, et comporte l’identité des parties, la nature des missions, la rémunération et la valeur des avantages en nature, les droits et obligations des parties, et la soumission au droit français. Le décret n° 2025-1137 du 28 novembre 2025, pris pour l’application de cet article, fixe le montant en dessous duquel l’écrit n’est pas exigé à 1 000 € hors taxes appréciés par annonceur et par année civile, et entre en vigueur le 1er janvier 2026.
Questions fréquentes
Faut-il déclarer le brut facturé ou le net versé par l’agence ?
Le brut. La recette imposable est le montant total acquis au titre de la prestation. La commission retenue par l’agence est une charge, déductible seulement au régime réel.
La commission de l’agent est-elle déductible en micro-BNC ?
Non. L’abattement forfaitaire de 34 % remplace toute charge réelle, commission d’agence comprise, et les cotisations restent calculées sur le chiffre d’affaires brut.
Faut-il un contrat écrit avec son agent ?
Oui dès 1 000 € hors taxes cumulés sur une même année civile, rémunérations et avantages en nature additionnés. L’écrit est exigé à peine de nullité depuis le 1er janvier 2026.
L’agence peut-elle facturer l’annonceur à ma place ?
Oui, en mandat comme en achat-revente, mais les conséquences diffèrent. En mandat, le créateur reste le prestataire et déclare le brut. En achat-revente, l’agence est le client du créateur, qui lui facture le montant convenu entre eux.
Que faire si l’agence est établie hors de France ?
Le créateur doit disposer d’un numéro de TVA intracommunautaire dès que l’agence est établie dans un autre État membre, autoliquider la taxe sur la commission et déposer les déclarations correspondantes, même en franchise en base.
