Un cabinet d’avocats est une entreprise assujettie à la TVA établie en France : la réforme s’applique à lui sans particularité de principe. La question qui occupe la profession est ailleurs. Que voit exactement l’administration dans une facture d’honoraires transmise par une plateforme agréée, et jusqu’où le secret professionnel est-il protégé par les textes ? Cette page expose ce que les textes prévoient, ce que le Conseil national des barreaux affirme, et pourquoi ce point précis n’est aujourd’hui pas tranché. Elle traite ensuite les provisions, les honoraires de résultat, les débours et les rétrocessions.
En bref
- Un cabinet d’avocats est pleinement concerné, avec une réception due depuis le 1er septembre 2026 et une émission au 1er septembre 2027 pour une PME ou une micro-entreprise.
- Aucun texte lu ne prévoit d’exemption liée au secret professionnel. Le Conseil national des barreaux soutient depuis décembre 2025 que la nature précise du service ne sera pas transmise ; l’arrêté du 27 juillet 2026 prévoit l’inverse à compter du 1er septembre 2027. Le point n’est pas tranché.
- Les données transmises à l’administration sont limitativement énumérées par l’article 41 septies D de l’annexe IV au code général des impôts, et s’enrichissent au 1er septembre 2027.
- Les honoraires sont des prestations de services : la TVA est exigible à l’encaissement, ce qui déclenche un e-reporting de paiement, sauf option pour les débits.
- L’action utile aujourd’hui est de réécrire vos libellés de prestation avant l’échéance de 2027, et de documenter cette règle interne.
Ce qui s’applique à un cabinet depuis le 1er septembre 2026
L’article 289 bis du code général des impôts vise les factures échangées entre assujettis établis en France pour des opérations soumises à facturation. Les prestations juridiques d’un avocat ne figurent dans aucune des exonérations des articles 261 à 261 E : elles sont taxables, donc soumises à facturation, donc dans le champ. Un cabinet en franchise en base entre lui aussi dans le champ, la franchise ne faisant pas perdre la qualité d’assujetti. Les seuils propres aux avocats restent de 50 000 € et 55 000 € pour leurs activités spécifiques, et de 35 000 € et 38 500 € pour leurs autres activités.
Trois obligations se succèdent. La réception des factures fournisseurs par une plateforme agréée est due depuis le 1er septembre 2026, quelle que soit la taille du cabinet. L’émission des factures d’honoraires vers des clients assujettis établis en France et l’e-reporting débutent le 1er septembre 2026 pour les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire, et le 1er septembre 2027 pour les PME et les micro-entreprises, ce qui couvre la quasi-totalité des cabinets. Le cadre général figure sur le guide de la facturation électronique et de l’e-reporting.
Secret professionnel : un point qui n’est pas tranché
Le sujet mérite d’être posé avec exactitude, parce qu’il circule beaucoup d’affirmations rassurantes qu’aucun texte ne soutient. Trois éléments, de nature et de date différentes, coexistent.
Le premier est la position du Conseil national des barreaux. Dans la brochure de son groupe de travail « Facturation électronique » publiée en décembre 2025, le CNB indique que la DGFiP, saisie par lui, « assure que le secret professionnel des avocats reste pleinement garanti » et que « les données relatives à la nature précise du service ne devront pas être transmises à l’administration ». Cette affirmation est celle du CNB, rapportant une position de l’administration ; elle n’a pas de traduction dans un texte publié à ce jour.
Le deuxième est le texte applicable. L’article 41 septies D de l’annexe IV au code général des impôts, dans sa version en vigueur depuis le 29 juillet 2026, énumère les données que la plateforme de l’émetteur transmet à l’administration. Son I fixe la liste applicable au 1er septembre 2026. Son II ajoute, à compter du 1er septembre 2027 et sous forme structurée, la dénomination précise du bien livré ou du service rendu, la quantité, le prix hors taxe de chaque bien ou service, les réductions et majorations, l’adresse de livraison, l’escompte et l’éco-participation. Aucune exception n’y est prévue pour les professions soumises au secret.
Le troisième est la réponse du ministère de la Justice à la question écrite n° 12499, question publiée le 27 janvier 2026 et réponse publiée le 26 mai 2026. Le gouvernement y rappelle que le secret professionnel de l’avocat est un principe d’ordre public consacré par l’article 66-5 de la loi du 31 décembre 1971, que l’ordonnance du 15 septembre 2021 s’applique à toutes les entreprises y compris aux professions réglementées, et affirme que le dispositif sera déployé dans le respect du secret professionnel, la plateforme agréée offrant des garanties qu’il juge compatibles avec ses exigences. Cette réponse est antérieure de deux mois à l’arrêté du 27 juillet 2026.
Point de vigilance du cabinet
Aucune exclusion légale fondée sur le secret professionnel n’a été identifiée dans les textes en vigueur au 4 septembre 2026. Un cabinet qui construirait son organisation sur l’hypothèse inverse prendrait le risque de découvrir en 2027 que ses libellés de prestation partent tels quels. La position raisonnable consiste à réécrire les libellés dès maintenant, sans attendre l’issue de la discussion entre la profession et l’administration.
Ce que contient la facture et ce qui remonte à l’administration
Deux périmètres se distinguent. La plateforme agréée traite la facture complète, puisqu’elle la transmet au client. L’administration ne reçoit que les données énumérées par l’article 41 septies D, extraites par cette plateforme et transmises dans un délai de vingt-quatre heures à compter du dépôt de la facture.
| Donnée | Transmise à l’administration depuis le 1er septembre 2026 | Ajoutée au 1er septembre 2027 |
|---|---|---|
| SIREN et numéro de TVA du cabinet et du client | Oui | Sans objet |
| Pays du client | Oui | Sans objet |
| Date d’émission et numéro unique de la facture | Oui | Sans objet |
| Catégorie de l’opération : biens, services ou les deux | Oui | Sans objet |
| Totaux hors taxe par taux, montants de TVA, total à payer | Oui | Sans objet |
| Mentions d’autoliquidation, d’autofacturation, régimes particuliers | Oui | Sans objet |
| Date de fin de la prestation | Oui | Sans objet |
| Référence de la facture rectifiée le cas échéant | Oui | Sans objet |
| Dénomination précise du service rendu | Non | Oui |
| Quantité et prix hors taxe de chaque service | Non | Oui |
| Réductions, majorations, escompte, adresse de livraison | Non | Oui |
La colonne de droite est celle qui concentre l’inquiétude de la profession. Elle explique pourquoi la façon dont un cabinet rédige ses lignes de facture devient, à partir de 2027, une question déontologique autant que comptable.
Exemple pédagogique : un libellé à corriger
L’exemple qui suit est construit pour illustrer la méthode. Il ne reproduit aucun dossier réel.
Un cabinet facture une entreprise cliente et libelle sa ligne ainsi : « Assistance dans le litige prud’homal opposant la société à Monsieur X, licenciement pour faute grave, audience du 14 avril ». La ligne identifie un tiers, qualifie un fait et révèle une stratégie. Elle reste dans le fichier de facturation, part vers la plateforme, arrive chez le client, et rejoindra le périmètre des données transmises le 1er septembre 2027.
La correction tient en trois règles. La ligne décrit la nature juridique de la prestation, pas son objet : « conseil et assistance en droit du travail ». La référence au dossier prend la forme d’un code interne dépourvu de sens pour un tiers, à la place du nom de l’adversaire. Le détail utile au client figure sur le relevé de diligences remis par le canal habituel, hors facture. Le résultat reste conforme aux mentions obligatoires, puisque le texte demande la dénomination du service rendu, pas le récit du dossier.
Clients professionnels, particuliers et étrangers
Trois circuits coexistent, et un même cabinet les emprunte tous. Les honoraires facturés à une entreprise assujettie établie en France relèvent de la facture électronique via une plateforme agréée. Les honoraires facturés à un particulier sortent de la facturation électronique et relèvent de l’e-reporting de transaction, sous forme de montants cumulés par jour et par taux, sans aucune donnée nominative : le nom du client d’un avocat ne remonte donc pas par ce canal. Les honoraires facturés à un assujetti non établi en France relèvent également de l’e-reporting de transaction, mais facture par facture.
Cette différence de granularité mérite attention. Sur le flux international, les données transmises sont celles de la facture, avec le numéro de TVA étranger ou un identifiant équivalent à la place du SIREN. Un cabinet qui conseille des clients étrangers a donc un flux plus détaillé que son flux B2C, ce que le raisonnement intuitif inverse souvent.
Provisions, acomptes et honoraires de résultat
L’article 289 impose l’émission d’une facture pour les acomptes versés avant que l’opération ne soit réalisée. Une provision sur honoraires appelée au client est un acompte : elle donne lieu à une facture, et cette facture emprunte le circuit électronique lorsque le client est un assujetti établi en France. La convention d’honoraires, elle, n’est pas une facture et reste hors circuit.
L’honoraire de résultat se facture au moment où il devient exigible selon la convention. Sa base et son taux se traitent comme n’importe quelle prestation de services. Le point à surveiller est la cohérence de la séquence : facture de provision, factures intermédiaires, facture de solde imputant les provisions déjà facturées, chacune portant son propre numéro unique. Une facture refusée par le client ne se réémet jamais sous le même numéro. Chacun de ces documents porte les mentions exigées sur une facture électronique, dont le numéro SIREN du client professionnel.
Débours, frais refacturés et CARPA
Le 2° du II de l’article 267 du code général des impôts exclut de la base d’imposition les sommes remboursées aux intermédiaires qui engagent des dépenses au nom et pour le compte de leurs mandants, à trois conditions cumulatives : rendre compte au mandant, inscrire ces dépenses dans des comptes de passage, et justifier auprès de l’administration de leur nature ou de leur montant exact. Un débours correctement traité ne supporte donc pas de TVA et ne rejoint pas la base de l’honoraire.
Les frais refacturés qui ne remplissent pas ces conditions suivent au contraire le sort de l’honoraire : même taux, même facture, même circuit électronique. La distinction, déjà source de redressements, devient plus visible avec des données transmises ligne à ligne à partir de 2027. C’est un chantier à ouvrir avec votre comptabilité, pas avec votre plateforme.
La CARPA occupe un autre terrain. Les fonds, effets ou valeurs reçus pour le compte des clients sont déposés et réglés par la caisse des règlements pécuniaires des avocats, sur le fondement du 9° de l’article 53 de la loi du 31 décembre 1971 et des articles 236 à 242 du décret du 27 novembre 1991. Un maniement de fonds n’est pas la contrepartie d’une prestation facturée par l’avocat : ce qui relève du circuit de la facturation électronique, c’est l’honoraire facturé au client, y compris lorsqu’il est prélevé sur des fonds détenus à la CARPA.
TVA sur les encaissements et e-reporting de paiement
L’article 269 du code général des impôts fixe l’exigibilité de la TVA sur les prestations de services au moment de l’encaissement, sauf option pour les débits. Un cabinet qui n’a pas opté doit donc transmettre des données de paiement en plus de ses factures. Sur une facture électronique, cette transmission prend la forme du statut « encaissée », qui porte le montant encaissé, la date d’encaissement et le numéro de facture. Sur les opérations relevant de l’e-reporting de transaction, elle prend la forme de données agrégées par jour et par taux.
La périodicité dépend du régime de TVA du cabinet, avec un rythme mensuel au réel normal et bimestriel en franchise en base. L’option pour les débits supprime cette transmission d’encaissements et doit figurer sur la facture, où elle est devenue une mention obligatoire.
Rétrocessions au collaborateur et responsabilités
La rétrocession d’honoraires versée à un collaborateur libéral rémunère une prestation entre deux avocats, tous deux assujettis établis en France. Elle est soumise à facturation par l’article 289 et entre donc dans le circuit électronique, à la charge du collaborateur qui facture le cabinet. Le raisonnement retenu par l’administration pour les professions de santé, qui écarte les rétrocessions liées à des actes de soins exonérés, ne se transpose pas : les prestations d’avocat ne sont pas exonérées. Un collaborateur en franchise en base facture sans TVA, mais facture par le circuit électronique à compter de sa propre date d’obligation.
Côté responsabilités, la répartition est claire. Le cabinet choisit sa plateforme, lui donne son accord formel pour déclarer son adresse dans l’annuaire central, et répond du contenu de ses factures. La plateforme répond de la transmission des données à l’administration, sous une amende qui lui est propre. Une entreprise n’a pas vocation à être sanctionnée pour la seule défaillance d’un tiers, à condition de démontrer ses propres diligences.
Questions fréquentes
La facturation électronique est-elle obligatoire pour un avocat ?
Oui. Un avocat exerce une activité économique taxable et n’entre dans aucune exonération des articles 261 à 261 E du code général des impôts. La réception des factures fournisseurs par une plateforme agréée s’impose depuis le 1er septembre 2026. L’émission des factures d’honoraires vers des clients professionnels français et l’e-reporting s’imposent au 1er septembre 2027 pour un cabinet de taille PME ou micro-entreprise. La forme d’exercice, individuelle ou en société, ne modifie pas ces échéances : l’obligation s’apprécie par unité légale identifiée par son SIREN.
Le secret professionnel dispense-t-il de la facturation électronique ?
Non, et aucun texte lu au 4 septembre 2026 ne prévoit d’exemption ni même d’aménagement fondé sur le secret professionnel. Le Conseil national des barreaux affirme depuis décembre 2025 avoir obtenu de la DGFiP que la nature précise du service ne soit pas transmise. L’article 41 septies D de l’annexe IV, dans sa rédaction issue de l’arrêté du 27 juillet 2026, prévoit la transmission de la dénomination précise du service rendu à compter du 1er septembre 2027. Ces deux éléments ne sont pas conciliés à ce jour : la prudence commande de traiter la question par la rédaction des libellés.
Quelle plateforme choisir pour un cabinet d’avocats ?
La liste des plateformes agréées publiée par la DGFiP est le seul référentiel opposable ; elle est mise à jour au fil des immatriculations. Pour un cabinet, trois critères prennent le pas sur le prix : l’articulation avec le logiciel de gestion de dossiers, qui alimente les libellés de facture, la localisation et la sécurité de l’hébergement des données, et la gestion des droits d’accès internes. Un cabinet reste libre de retenir plusieurs plateformes et de séparer réception et émission. Le décret du 27 juillet 2026 a organisé la mobilité d’une plateforme vers une autre.
Le nom de mes clients particuliers est-il transmis à l’administration ?
Non. Les opérations réalisées avec des non-assujettis relèvent de l’e-reporting de transaction, qui repose sur des données cumulées par jour, ventilées par taux de TVA, sans donnée à caractère personnel. L’administration reçoit des montants, pas des noms. La situation est différente pour un client professionnel français, dont le SIREN figure parmi les données transmises, et pour un client professionnel étranger, dont le numéro d’identification apparaît sur un flux transmis facture par facture.
Une provision sur honoraires doit-elle faire l’objet d’une facture électronique ?
Une provision appelée avant l’exécution de la prestation est un acompte, et l’article 289 impose d’émettre une facture pour les acomptes. Cette facture d’acompte suit le régime de la facture définitive : circuit électronique vers un client assujetti établi en France, e-reporting de transaction vers un particulier ou un client étranger. Elle déclenche par ailleurs l’exigibilité de la TVA au moment de son encaissement, et donc une donnée de paiement à transmettre, sauf option pour les débits.
Ce qu’un cabinet peut faire dès cette rentrée
Le travail le plus utile ne coûte rien et ne dépend d’aucun éditeur : établir la règle de rédaction de vos libellés de prestation, la faire valider par les associés, l’écrire dans une note interne datée et l’appliquer immédiatement. Un libellé neutre aujourd’hui sera un libellé neutre en 2027. Vérifiez ensuite que votre logiciel de gestion de dossiers n’injecte pas automatiquement le nom de l’affaire ou de la partie adverse dans la ligne de facture.
Le reste relève du calendrier : désigner une plateforme agréée de réception si ce n’est pas fait, vérifier votre SIREN dans l’annuaire public, collecter le SIREN de vos clients professionnels, arrêter votre position sur l’option pour les débits. Un cabinet comptable qui suit des avocats conduit ce diagnostic en une séance, note interne comprise.
Sources officielles consultées
- Légifrance, article 41 septies D de l’annexe IV au code général des impôts (données transmises à l’administration, version en vigueur depuis le 29 juillet 2026), consulté le 4 septembre 2026
- Légifrance, article 289 bis du code général des impôts (facturation électronique)
- Légifrance, article 289 du code général des impôts (obligation de facturer, acomptes)
- Légifrance, article 290 du code général des impôts (e-reporting de transaction)
- Légifrance, article 269 du code général des impôts (exigibilité de la TVA à l’encaissement)
- Légifrance, article 267 du code général des impôts (débours exclus de la base d’imposition)
- Légifrance, arrêté du 27 juillet 2026 (JORF du 28 juillet 2026)
- Assemblée nationale, question écrite n° 12499 et réponse du ministère de la Justice (question du 27 janvier 2026, réponse du 26 mai 2026)
- Conseil national des barreaux, brochure du groupe de travail Facturation électronique (décembre 2025)
- Légifrance, articles 236 à 242 du décret du 27 novembre 1991 (caisses des règlements pécuniaires des avocats)
- impots.gouv.fr, liste officielle des plateformes agréées (page modifiée le 3 septembre 2026)
Informations vérifiées le 4 septembre 2026.
