Myne est un cabinet d’expertise comptable installé à Paris 17e. Nous accompagnons des mannequins et des agences de mannequins. C’est l’un des rares métiers où l’on ne choisit pas son statut : le code du travail pose une présomption de salariat, et un mannequin qui facture ses prestations en indépendant se place hors du cadre légal. Mais la même personne perçoit, pour la même séance, une seconde rémunération qui n’est pas un salaire : celle de l’exploitation de son image. Comprendre cette double nature est tout l’enjeu du dossier.
Les défis juridiques, sociaux et fiscaux du mannequinat
La présomption de salariat, et ce qu’elle interdit
Tout contrat par lequel une personne s’assure, moyennant rémunération, le concours d’un mannequin est présumé être un contrat de travail (code du travail, art. L. 7123-3). Cette présomption subsiste quels que soient le mode et le montant de la rémunération, la qualification donnée au contrat par les parties, et même si le mannequin est immatriculé au registre du commerce ou déclaré en indépendant.
La conséquence est nette : un mannequin ne peut pas facturer sa prestation de présentation en micro-entreprise. Le faire expose l’annonceur ou l’agence à une requalification, avec rappel de cotisations sur les périodes non prescrites, et expose le mannequin lui-même à une absence de couverture sociale sur une activité qu’il croyait déclarée.
La redevance d’exploitation d’image n’est pas un salaire
C’est la disposition la plus mal comprise du métier, et elle change tout. La rémunération due au mannequin à l’occasion de la vente ou de l’exploitation de l’enregistrement de sa présentation n’est pas considérée comme un salaire dès lors que deux conditions sont réunies : la présence physique du mannequin n’est plus requise pour exploiter cet enregistrement, et cette rémunération n’est fonction ni du salaire perçu, ni du temps de présence.
Une même séance produit donc deux flux de nature différente : un cachet, salaire soumis à cotisations et imposé en traitements et salaires, et une redevance d’exploitation, imposée dans la catégorie des bénéfices non commerciaux. Un contrat qui indexe la redevance sur le cachet, ou qui ne distingue pas les deux, fait perdre le bénéfice de cette qualification, et l’ensemble redevient du salaire.
L’agence est un mandataire titulaire d’une licence
L’exercice de l’activité d’agence de mannequins est subordonné à une licence, et l’agence est soumise à des règles d’incompatibilité destinées à éviter qu’elle ne soit à la fois employeur du mannequin et prestataire de l’annonceur sans transparence. Elle agit largement comme mandataire : elle encaisse pour le compte du mannequin et lui reverse, après commission.
La conséquence comptable est la même que dans tout métier de mandat : les sommes encaissées pour le compte des mannequins ne sont pas le chiffre d’affaires de l’agence. Son produit, c’est la commission. Une agence qui brute ses encaissements affiche un chiffre d’affaires artificiel et une marge nette incompréhensible pour un banquier ou un repreneur.
Les mannequins mineurs : autorisation et consignation
L’emploi d’un mannequin mineur est soumis à une autorisation administrative individuelle préalable. Et une part de la rémunération perçue est consignée à la Caisse des dépôts et consignations jusqu’à la majorité, seule une fraction étant laissée à la disposition des représentants légaux. Ces sommes consignées ne transitent pas librement : elles doivent être identifiées et suivies comme telles par l’agence.
Notre accompagnement à chaque étape

Installation : cadrer sa situation
Pour le mannequin : ce qui se déclare et comment
Les cachets sont déclarés par l’employeur ou l’agence et imposés en traitements et salaires. Les redevances d’exploitation relèvent des bénéfices non commerciaux et supposent une immatriculation et une déclaration propres. Beaucoup de mannequins ne déclarent que les premiers.
Pour l’agence : licence, mandat et plan de comptes
La licence conditionne l’exercice, le contrat de mandat définit ce qui est encaissé pour le compte du mannequin, et le plan de comptes doit isoler ces sommes dès la première facturation, sur un compte de tiers distinct des comptes de produits. Sans cette séparation initiale, la commission cesse d’être lisible dès le premier exercice.
Rédiger les contrats pour sécuriser la double rémunération
Distinguer explicitement le cachet et la redevance, définir le périmètre et la durée de l’exploitation, et ne jamais indexer la redevance sur le cachet ni sur le temps de présence. C’est la clause qui décide du régime fiscal et social de la moitié des revenus du mannequin.
Quotidien : cachets, redevances et reversements
Suivi des flux et des reversements
Pour l’agence, quatre flux se suivent séparément : encaissements annonceurs, commission, reversements aux mannequins et sommes consignées pour les mineurs. Pour le mannequin, le contrôle consiste à rapprocher bulletins, redevances et relevés d’agence : c’est ainsi que l’on vérifie qu’une séance a bien produit les deux rémunérations attendues, et non le seul cachet.
Paie des mannequins
La paie d’une agence est faite de contrats à durée déterminée d’usage courts et répétés : chaque engagement produit son contrat, son bulletin et ses déclarations, sous la convention collective du secteur, et les sommes consignées pour un mannequin mineur doivent y rester identifiables. Notre mission de gestion de la paie et d’accompagnement RH prend en charge cette production, dont le volume tient au nombre de séances bien plus qu’au nombre de personnes employées.
Charges déductibles du mannequin
Sur la part BNC, les frais engagés pour l’exploitation de l’image sont déductibles selon les règles habituelles. Sur la part salariale, le mannequin relève des frais réels ou de l’abattement forfaitaire. Les frais de coiffure, de maquillage et de vêtements suivent des règles strictes : voir nos articles sur les frais de coiffeur et de maquillage et les vêtements de travail.
Trésorerie et irrégularité des revenus
Un revenu concentré sur quelques mois produit des cotisations et des acomptes qui tombent bien après l’encaissement, souvent sur une période sans mission. Le raisonnement doit donc être mensuel et non annuel : notre plan de trésorerie donne la trame de lignes qui permet de placer ces échéances en face des encaissements attendus, et rappelle que trésorerie et résultat sont deux lectures distinctes d’une même activité.
Optimisation : image, international et diversification
Structurer l’exploitation de l’image
La part BNC peut, lorsqu’elle devient significative et régulière, justifier une organisation propre. Elle ne permet pas pour autant de faire sortir la prestation de présentation du salariat : les deux flux restent distincts, et toute construction qui vise à requalifier le cachet en redevance est fragile.
Prestations à l’étranger
Défilés, campagnes et séances hors de France posent la question de l’État d’imposition des cachets, des conventions fiscales applicables et du traitement des redevances d’image versées depuis l’étranger. Ces points se traitent avant le contrat.
Diversifier vers la création de contenu
Beaucoup de mannequins développent une activité d’influence, qui relève d’un régime entièrement différent : sans présomption de salariat, avec ses propres obligations légales. Notre page créateur de contenu et influenceur traite le classement de ces revenus entre bénéfices non commerciaux et bénéfices industriels et commerciaux, et le traitement de la TVA qui en découle.
Fin d’activité et reconversion
Anticiper une carrière courte
La durée d’exercice est en moyenne brève et les revenus irréguliers : l’effort d’épargne et de prévoyance se construit pendant les années d’activité, pas après. Les redevances d’exploitation peuvent par ailleurs continuer d’être perçues au-delà de la carrière active.
Céder une agence
Ce qui se cède est un portefeuille de mannequins sous contrat, un fichier d’annonceurs et une licence : sous réserve des règles propres à la profession. La valeur tient à la transférabilité de ces trois éléments, et donc à des contrats qui survivent au changement d’actionnaire. Les sommes détenues pour le compte des mannequins n’en font pas partie : elles restent une dette envers des tiers et doivent apparaître comme telle dans les comptes présentés à l’acquéreur.
Les outils connectés à votre activité
Gestion des castings, paie et comptabilité
Une agence gère des plannings, des contrats et des reversements dans un outil métier. Nous branchons la comptabilité sur Pennylane, avec Qonto côté flux, et un suivi séparé des sommes détenues pour compte de tiers. Un tableau de bord d’agence n’a de sens que si la ligne de chiffre d’affaires est alimentée par la commission et non par le flux encaissé : notre page sur les indicateurs d’un tableau de bord Pennylane explique comment choisir ces indicateurs selon la décision à prendre, et ce que l’outil montre déjà par lui-même.
Facturation électronique et flux de mandat
Depuis le 1er septembre 2026, toute entreprise assujettie doit pouvoir recevoir une facture électronique ; l’émission s’impose aux PME et microentreprises au 1er septembre 2027. La difficulté propre au secteur tient au traitement des sommes encaissées pour compte des mannequins, qui ne doivent pas entrer dans les montants facturés par l’agence. Deux points appellent une vérification : les données que la plateforme extraira de chaque facture, détaillées dans notre page sur les mentions d’une facture électronique, et le cas d’un annonceur étranger, que notre page sur les clients établis hors de France traite en séparant le client professionnel établi dans l’Union européenne de celui qui l’est en dehors.
Si votre activité ne se résume pas à la présentation et à l’image
Un mannequin dont les revenus rémunèrent de plus en plus une œuvre et la cession de ses droits quitte la logique du cachet et de la redevance d’exploitation pour celle des artistes-auteurs, avec son précompte et son assiette majorée. Notre page artiste-auteur traite les cotisations de ce régime, la TVA applicable et le lissage de revenus irréguliers.
Du côté des structures, deux voisinages reposent aussi sur un mandat mais correspondent à un autre métier. Une agence qui achète de l’espace pour le compte d’un annonceur pilote des flux média dont elle n’est jamais propriétaire, sujet de notre page agence de communication. Une structure qui produit des défilés ou des événements y ajoute des acomptes encaissés avant la prestation et de la sous-traitance à refacturer, que traite notre page agence événementielle.
FAQ : les questions fréquentes des mannequins et des agences
Quel est le tarif d’un expert-comptable pour un mannequin ou une agence ?
Pour un mannequin, il dépend de la part de revenus en BNC et du nombre d’agences et de pays concernés. Pour une agence, du nombre de mannequins sous contrat, du volume de bulletins et de la présence de mineurs impliquant des consignations. Notre page tarifs décrit comment un devis se construit et pourquoi Myne ne publie pas un prix unique ; le simulateur d’accompagnement permet de qualifier votre situation avant le premier échange.
Un mannequin peut-il être auto-entrepreneur ?
Pas pour sa prestation de présentation. Le code du travail pose une présomption de salariat qui subsiste quels que soient le mode et le montant de la rémunération, la qualification donnée au contrat, et même si le mannequin est immatriculé comme indépendant. Seule la redevance d’exploitation d’image échappe au salaire.
Qu’est-ce que la redevance d’exploitation d’image ?
C’est la rémunération due au titre de la vente ou de l’exploitation de l’enregistrement de la présentation. Elle n’est pas un salaire dès lors que la présence physique du mannequin n’est plus requise pour cette exploitation et qu’elle n’est fonction ni du salaire, ni du temps de présence. Elle est imposée en bénéfices non commerciaux.
Comment rédiger le contrat pour sécuriser cette distinction ?
En séparant explicitement le cachet et la redevance, en définissant le périmètre et la durée de l’exploitation, et en n’indexant jamais la redevance sur le cachet ni sur le temps de présence. Une redevance calculée en pourcentage du cachet perd le bénéfice de la qualification, et l’ensemble redevient du salaire.
Les sommes encaissées par l’agence sont-elles son chiffre d’affaires ?
Non. L’agence encaisse largement pour le compte des mannequins et reverse après commission : son produit est la commission. Bruter les encaissements affiche un chiffre d’affaires artificiel et une marge nette que ni un banquier ni un repreneur ne saura interpréter.
Quelles obligations pour employer un mannequin mineur ?
Une autorisation administrative individuelle préalable, et la consignation d’une part de la rémunération à la Caisse des dépôts et consignations jusqu’à la majorité, seule une fraction restant à la disposition des représentants légaux. Ces sommes doivent être identifiées et suivies comme des fonds de tiers.
Une agence de mannequins a-t-elle besoin d’une licence ?
Oui. L’exercice de l’activité est subordonné à l’obtention d’une licence, et l’agence est soumise à des règles d’incompatibilité destinées à garantir la transparence de sa position entre le mannequin et l’annonceur.
Comment déclarer mes revenus quand je perçois cachets et redevances ?
Les cachets sont déclarés par l’employeur ou l’agence et imposés en traitements et salaires. Les redevances relèvent des bénéfices non commerciaux et supposent une immatriculation et une déclaration de résultat propres. Ne déclarer que les cachets, ce qui est fréquent, revient à omettre une partie substantielle du revenu.
Puis-je déduire mes frais de coiffure, de maquillage et de vêtements ?
Rarement, et jamais globalement. Les vêtements ne sont admis que s’ils constituent une tenue spécifique non portable dans la vie courante, et les frais de coiffure et de maquillage seulement lorsqu’ils sont directement liés à une prestation identifiée. Une dépense d’entretien de l’apparence générale n’est pas déductible.
Comment sont traités les contrats à l’étranger ?
La question porte sur l’État d’imposition du cachet, sur la convention fiscale applicable et sur le traitement de la redevance d’image versée depuis l’étranger. Ces points se règlent avant la signature du contrat, sous peine de double imposition.
Puis-je exercer mon activité via une société ?
Pas pour la prestation de présentation, que la présomption de salariat rattache au contrat de travail. Une société peut en revanche porter d’autres activités (création de contenu, conseil, produits) qui relèvent de régimes distincts et supposent une séparation claire des flux.
Sources officielles
- Code du travail, article L. 7123-3 : présomption de salariat du mannequin.
- Code du travail, article L. 7123-6 : rémunération de l’exploitation de l’enregistrement de la présentation.
- Code du travail, articles L. 7123-11 et suivants : licence d’agence de mannequins et incompatibilités.
- Code du travail, articles L. 7124-1 et suivants : emploi des mannequins mineurs, autorisation et consignation.
- CGI, articles 79 et 92 : traitements et salaires et bénéfices non commerciaux.
- Convention collective nationale des mannequins adultes et des mannequins enfants employés par les agences de mannequins.
Mise à jour le 6 septembre 2026.
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