Le régime de sanctions a été durci par la loi de finances pour 2026, et il s’applique depuis le 21 février 2026. Dans le même temps, le ministère a annoncé qu’aucune sanction ne frapperait les entreprises de bonne foi pendant la phase de démarrage. Les deux affirmations sont exactes, et beaucoup de pages en ligne n’en retiennent qu’une. Voici le montant exact de chaque amende, le texte qui la porte, le mécanisme de première infraction, et la procédure à suivre lorsqu’un manquement est déjà constitué.
En bref
- L’amende principale est de 50 € par facture non émise sous forme électronique, plafonnée à 15 000 € par année civile.
- Le défaut d’e-reporting coûte 500 € par transmission manquante, plafond 15 000 € par an, et l’amende porte sur une période, pas sur chaque opération.
- L’absence de plateforme agréée de réception suppose une mise en demeure et un délai de trois mois avant toute amende de 500 €.
- Une première infraction réparée spontanément ou dans les trente jours d’une première demande n’est pas sanctionnée.
- Le ministère a annoncé une tolérance couvrant la fin de l’année 2026 : elle protège la bonne foi documentée, pas l’inertie.
Le tableau des sanctions, texte par texte
Tous les montants ci-dessous sont ceux des versions consolidées en vigueur depuis le 21 février 2026, issues de l’article 123 de la loi de finances pour 2026. Un avertissement s’impose : la FAQ de la DGFiP affiche encore 15 € par facture pour le défaut d’émission, et de nombreux articles reprennent ce chiffre périmé ou une amende d’e-reporting de 250 €. Le texte consolidé prime sur la documentation.
| Manquement | Texte | Montant | Plafond par année civile | Première infraction |
|---|---|---|---|---|
| Facture non émise sous forme électronique | CGI, art. 1737 III | 50 € par facture | 15 000 € | Pas d’amende si réparation spontanée ou dans les 30 jours d’une première demande (art. 1737 V) |
| Omission ou inexactitude dans une facture | CGI, art. 1737 II | 15 € par omission ou inexactitude | Un quart du montant de la facture | Art. 1737 V applicable |
| Absence de recours à une plateforme agréée pour la réception | CGI, art. 1737 IV bis | 500 €, puis 1 000 € par période de trois mois | Aucun plafond annuel dans le texte lu | Mise en demeure et délai de trois mois préalables |
| Transmission d’e-reporting non effectuée, transactions ou paiements | CGI, art. 1788 D I et II | 500 € par transmission | 15 000 € | Pas d’amende pour une première infraction sur l’année en cours et les trois précédentes, réparée dans les mêmes conditions (art. 1788 D V) |
| Données de facture non transmises par la plateforme agréée | CGI, art. 1737 IV | 50 € par facture, à la charge de la plateforme | 45 000 € | Art. 1737 V applicable |
| E-reporting non transmis par la plateforme agréée | CGI, art. 1788 D III et IV | 750 € par transmission, à la charge de la plateforme | 100 000 € | Art. 1788 D V applicable |
| Manquements répétés d’une plateforme à ses obligations | CGI, art. 1788 E | Retrait de l’immatriculation | Sans objet | Mise en demeure préalable, effet trois mois après notification |
Trois chiffres circulent qu’il faut écarter. L’amende de 15 € par facture non électronique appartient au régime antérieur au 21 février 2026. L’amende d’e-reporting de 250 € n’a jamais figuré dans la version consolidée de l’article 1788 D. Et le plafond de 45 000 €, qui existe bien, se rattache aux données de facture transmises par la plateforme au titre de l’article 1737 IV, jamais à l’e-reporting.
Défaut d’émission sous forme électronique
L’amende de 50 € s’apprécie facture par facture. Exemple pédagogique : une entreprise soumise à l’émission qui envoie cent factures B2B domestiques par courriel sur un trimestre atteint 5 000 €, avant plafond annuel et avant toute appréciation de bonne foi. Le plafond joue par année civile, ce qui signifie qu’un manquement qui traverse deux exercices se compte sur deux enveloppes.
Le V de l’article 1737 neutralise l’amende lorsque l’infraction est la première et qu’elle est réparée spontanément, ou dans les trente jours d’une première demande de l’administration. Ce délai de trente jours transforme une demande de l’administration en fenêtre de régularisation, à condition de ne pas la laisser passer.
Absence de plateforme agréée de réception
C’est le seul manquement dont le déclenchement est encadré par une procédure préalable. L’article 1737 IV bis subordonne l’amende de 500 € à une mise en demeure suivie d’un délai de trois mois sans mise en conformité. Si la situation persiste, une nouvelle amende de 1 000 € peut être appliquée par période de trois mois, après mise en demeure restée sans effet.
Deux conséquences pratiques. D’une part, aucune entreprise ne peut être sanctionnée sur ce fondement sans avoir été prévenue. D’autre part, le compte à rebours démarre à la mise en demeure, pas au 1er septembre 2026 : une entreprise qui signe avec une plateforme dans les jours suivant un courrier de l’administration reste hors du champ de l’amende. Le texte n’organise pas de voie de recours propre à cette amende, et nous ne décrivons pas ici les voies de contestation de droit commun, faute de les avoir vérifiées sur source primaire pour cette page.
Défaut d’e-reporting
L’article 1788 D fixe 500 € par transmission non effectuée, pour l’e-reporting de transaction comme pour celui de paiement, avec un plafond de 15 000 € par année civile. L’amende frappe une transmission, donc une période, et non chaque opération omise, ce que beaucoup de pages restituent mal. Une entreprise au réel normal mensuel, qui transmet trois fois par mois, s’expose à trente-six transmissions par an ; une entreprise en franchise en base, à six, selon les fréquences de transmission propres à chaque régime de TVA.
Le V de l’article 1788 D écarte l’amende pour une première infraction, appréciée sur l’année civile en cours et les trois années précédentes, réparée spontanément ou dans les trente jours d’une première demande. Le mécanisme est donc plus large que celui de l’article 1737, puisqu’il regarde quatre années en arrière.
Mentions omises ou inexactes
L’amende de 15 € du II de l’article 1737 n’a rien à voir avec la forme électronique : elle sanctionne chaque omission et chaque inexactitude constatée dans une facture, avec un plafond original, le quart du montant de la facture. Exemple pédagogique : sur une facture de 400 € portant quatre mentions manquantes, l’amende théorique de 60 € reste inférieure au plafond de 100 € et demeure due en totalité ; sur la même facture ramenée à 200 €, le plafond tombe à 50 € et l’amende avec lui.
Le sujet devient sensible avec les quatre mentions ajoutées par la réforme, dont le SIREN du client. Une base clients incomplète produit une omission répétée sur chaque facture émise, et l’amende se compte par mention et par facture.
Ce qui est à la charge de la plateforme, pas de vous
Deux amendes visent la plateforme agréée elle-même. L’article 1737 IV la sanctionne de 50 € par facture dont elle n’a pas transmis les données à l’administration, dans la limite de 45 000 € par an. L’article 1788 D III et IV lui applique 750 € par transmission d’e-reporting manquante, dans la limite de 100 000 € par an. En cas de manquements répétés, ou de non-respect persistant de ses conditions d’immatriculation après mise en demeure, l’article 1788 E prévoit le retrait de l’immatriculation, avec effet trois mois après notification et information de la clientèle par la plateforme.
Le guide de démarrage de la DGFiP énonce le principe qui vous concerne directement : une entreprise n’a pas vocation à être sanctionnée du seul fait d’une défaillance imputable à un tiers, éditeur, plateforme ou prestataire, ni d’un incident affectant un outil de l’État. La condition est de démontrer vos propres diligences, ce qui suppose de les avoir tracées avant l’incident.
Ce qui se passe réellement depuis le 1er septembre 2026
Le 11 juillet 2026, le ministre de l’Action et des Comptes publics a annoncé une approche de tolérance et de bienveillance, en indiquant qu’il n’y aurait pas de sanctions au démarrage pour les entreprises de bonne foi rencontrant des difficultés et engagées dans une régularisation. Le communiqué du 1er septembre 2026 a confirmé qu’aucune sanction ne serait appliquée en 2026 pendant le déploiement, et le site du ministère décrit une phase d’écoute et de tolérance couvrant toute la fin de l’année.
Cette tolérance est une doctrine d’application, pas un texte. Elle ne suspend ni l’obligation ni le calendrier, et aucun engagement officiel ne porte au-delà du 31 décembre 2026. Le guide de démarrage précise que les sanctions ne sont pas appliquées de manière immédiate, automatique et aveugle du seul fait d’une difficulté réelle, documentée et suivie de corrections. Il liste aussi ce que l’administration apprécie.
- La nature de l’obligation en cause et le caractère ponctuel ou durable du manquement.
- Les démarches déjà engagées et la part du périmètre déjà conforme.
- La documentation du problème et la rapidité de la régularisation.
Sont exclus de cette bienveillance l’ignorance durable, l’absence de démarche, le refus d’entrer dans le dispositif, le maintien volontaire de circuits parallèles et le blocage des paiements au prétexte de la réforme. La formule du guide est nette sur un point : une simple déclaration d’intention ne suffit pas.
Procédure de régularisation en six étapes
Cette séquence vaut pour un manquement déjà constitué, qu’il s’agisse d’une absence de plateforme, de factures parties par courriel ou de transmissions d’e-reporting manquées. Elle est ordonnée par ce qui arrête l’aggravation en premier.
- Arrêter le flux non conforme. Tant que les factures continuent de partir hors circuit, le compteur de l’article 1737 III tourne, facture par facture.
- Dater le point de départ. Notez le jour où le manquement a commencé et le nombre de documents concernés : c’est la base de tout chiffrage ultérieur.
- Raccorder ou rétablir. Signez avec une plateforme agréée, ou faites rétablir le flux défaillant, et conservez la date de signature et les échanges.
- Retransmettre le stock. Faites passer par le circuit électronique les factures déjà envoyées par un autre canal, dont les PDF adressés par e-mail, en identifiant les envois antérieurs comme duplicata ou copie de continuité pour éviter les doublons comptables.
- Rattraper l’e-reporting période par période, dans l’ordre chronologique, sans agréger plusieurs périodes en une transmission unique.
- Constituer le dossier de preuve. Contrat avec la plateforme, échanges avec l’éditeur ou le cabinet, calendrier de raccordement, tickets support, mesures transitoires et consignes internes.
Une précision issue du guide évite un travail inutile : il n’est pas attendu que les entreprises signalent chaque incident à l’administration. Le dossier de preuve se constitue pour être produit sur demande, pas pour être envoyé spontanément.
Point de vigilance du cabinet
La bonne foi ne se démontre pas après coup. Les éléments que la DGFiP cite comme preuves d’une trajectoire sérieuse sont tous datés : contrat, calendrier de raccordement, tickets support, consignes internes. Un dossier reconstitué au moment du contrôle vaut moins qu’un dossier alimenté au fil de l’eau, et rien ne coûte moins cher qu’un répertoire partagé où chacun dépose ses échanges.
Erreur ponctuelle, incident technique et refus durable
Trois situations que l’on confond volontiers n’appellent pas le même traitement. Un rejet est un incident technique, prononcé par une plateforme pour non-conformité de format ou de contrôle : il se corrige et la facture se retransmet, sans sanction attachée au rejet lui-même. Un refus est un statut de cycle de vie, prononcé par le destinataire, obligatoirement motivé, et réservé aux motifs prévus par la norme ; il ne doit pas servir à régler un litige commercial.
Une panne d’e-reporting n’oblige ni à suspendre l’activité ni à interrompre les opérations. Le guide indique que la difficulté ne remet en cause ni la validité des factures, ni le paiement, ni la poursuite de l’activité : les données sont conservées, l’incident documenté, et la transmission reprise dès rétablissement, sans doublon.
Le refus durable est autre chose. Une entreprise qui n’engage aucune démarche, qui maintient sciemment un circuit parallèle ou qui bloque le paiement de ses fournisseurs en invoquant la réforme sort du champ de la tolérance annoncée. C’est la seule catégorie pour laquelle l’application des amendes dès la fin de la phase de démarrage doit être considérée comme l’hypothèse de travail.
Le risque qui n’est pas une amende
Concentrer l’attention sur les amendes fait passer à côté du risque le plus immédiat, qui est commercial. Une entreprise absente de l’annuaire central de la facturation électronique n’a pas d’adresse de destination connue : la plateforme de son fournisseur ne sait pas où router la facture. Le fournisseur, lui, doit vérifier les identifiants, se rapprocher de sa plateforme puis de son client, et peut recourir à son canal habituel comme mesure de continuité. Chacune de ces étapes retarde la facture, donc le paiement.
Une facture rejetée pour un SIREN client absent produit le même effet en sens inverse : elle ne parvient pas au client, elle n’est pas payée, et le délai court malgré tout. Ce coût de trésorerie ne figure dans aucun barème, ce qui ne le rend pas moins réel que l’amende.
Si votre situation est déjà irrégulière et que vous ignorez l’ampleur du rattrapage, le chiffrage se fait à partir du nombre de factures et de périodes concernées. Nous menons ce calcul et le dossier de preuve qui l’accompagne dans nos missions de comptabilité et de fiscalité à Paris ; vous pouvez nous exposer votre situation pour un premier cadrage. Le cadre général de l’obligation est détaillé dans notre guide de la facturation électronique.
Questions fréquentes
Quel montant d’amende si je n’émets pas mes factures en électronique ?
50 € par facture, avec un plafond de 15 000 € par année civile, au titre du III de l’article 1737 du code général des impôts. Ce montant a été porté de 15 € à 50 € par l’article 123 de la loi de finances pour 2026, applicable depuis le 21 février 2026. Les pages qui affichent encore 15 € pour ce manquement sont périmées, y compris la FAQ de l’administration, qui n’a pas été corrigée sur ce point.
Y a-t-il une amende si je n’avais pas de plateforme agréée au 1er septembre 2026 ?
Pas automatiquement. L’amende de 500 € prévue au IV bis de l’article 1737 suppose une mise en demeure préalable, puis l’absence de mise en conformité dans les trois mois. Une entreprise qui engage la démarche sans attendre, et qui conserve la preuve de ses diligences, ne se trouve pas dans la situation visée par le texte. Le guide de démarrage de la DGFiP demande d’ailleurs de ne pas bloquer les paiements pendant ce délai.
Une première erreur est-elle sanctionnée ?
Non, à deux conditions. L’infraction doit être la première, et elle doit être réparée spontanément ou dans les trente jours d’une première demande de l’administration. Le V de l’article 1737 pose la règle pour les amendes de facturation, le V de l’article 1788 D pour l’e-reporting, en appréciant l’antériorité sur l’année civile en cours et les trois années précédentes. Passé le délai de trente jours, le bénéfice de la clause est perdu.
Suis-je sanctionné si ma plateforme ou mon logiciel est défaillant ?
Le guide de démarrage indique qu’une entreprise n’a pas vocation à être sanctionnée du seul fait d’une défaillance imputable à un tiers, éditeur, plateforme ou prestataire, ni d’un incident affectant un outil de l’État comme l’annuaire ou le concentrateur. La réserve porte sur un point : vous devez démontrer vos propres diligences. Conservez les tickets support, les dates de signalement et les réponses de votre prestataire, et documentez la mesure de continuité employée.
La tolérance de 2026 vaut-elle report de la réforme ?
Non. Le guide pratique de démarrage indique expressément qu’il ne constitue ni un report ni une suspension de l’obligation. Le calendrier légal est maintenu, la faculté de report par décret ouverte jusqu’au 1er décembre 2026 n’a pas été utilisée, et l’obligation de réception s’applique depuis le 1er septembre 2026. Ce qui est annoncé porte sur l’application des sanctions, pas sur l’existence de l’obligation.
Sources officielles consultées
- Légifrance, article 1737 du code général des impôts (version en vigueur du 21 février 2026 au 1er janvier 2027)
- Légifrance, article 1788 D du code général des impôts (version en vigueur du 21 février 2026 au 1er janvier 2027)
- Légifrance, article 1788 E du code général des impôts (retrait de l’immatriculation d’une plateforme)
- Légifrance, article 123 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026
- Légifrance, article 41 septies G de l’annexe IV au code général des impôts (statuts de dépôt, rejet, refus et encaissement)
- DGFiP, guide pratique de démarrage au 1er septembre 2026 (juillet 2026, questions 21 à 29)
- Ministère de l’Économie, communiqué du 11 juillet 2026 sur la tolérance de démarrage
- Ministère de l’Économie, communiqué du 1er septembre 2026
- economie.gouv.fr, coup d’envoi de la réforme (article du 1er septembre 2026)
Informations vérifiées le 4 septembre 2026.
