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Sage EBP Odoo ou Dolibarr pour la facture électronique ?

Sommaire

Une entreprise équipée de Sage, d’EBP, d’Odoo ou de Dolibarr n’a pas à jeter son logiciel pour se mettre en conformité. La question utile n’est pas de savoir si votre outil est agréé, puisque la plupart des logiciels de gestion ne le sont pas et n’ont pas à l’être, mais de savoir par quelle plateforme agréée il fait transiter vos factures, à quelles conditions techniques et à quel coût. Trois issues existent : conserver le logiciel tel quel, le connecter à une plateforme, ou en changer. Voici comment trancher, éditeur par éditeur, à partir de la liste officielle et des documentations publiées.

En bref

  • Oui, vous pouvez garder votre logiciel : seule la plateforme qui transmet vos factures doit être immatriculée, pas le logiciel qui les fabrique.
  • Sur la liste de la DGFiP au 2 septembre 2026, Sage figure comme plateforme agréée depuis le 22 décembre 2025 et Odoo depuis le 15 avril 2026. EBP et Dolibarr n’y figurent pas, ni sur la liste des candidats en attente.
  • EBP renvoie ses clients vers la plateforme agréée Shine, immatriculée le 21 mai 2026. Dolibarr publie un module externe et deux plateformes partenaires testées, EsaLink et Super PDP, toutes deux immatriculées.
  • Sage écrit que ses logiciels intègrent sa plateforme agréée « sans surcoût », avec un astérisque : « Service gratuit dans la limite d’un nombre maximum de factures par produit ». Le plafond conditionne le calcul.
  • Le vrai coût se loge dans la version : Dolibarr demande au minimum la version 18, en recommande trois plus récentes, et EBP ouvre un parcours différent selon que vous êtes en Open Line Plus ou en Open Line.
  • Risque principal : croire que la plateforme archive vos factures. Sage écrit l’inverse, et la conservation reste à votre charge, 6 ans aujourd’hui et 10 ans pour les documents dont le délai expire après le 1er janvier 2027.

La bonne question n’est pas « mon logiciel est-il agréé »

La réforme distingue deux objets. Une plateforme agréée est un opérateur immatriculé par l’administration, seul habilité à transmettre les factures et les données à l’administration. Une solution compatible est un logiciel comptable, métier, de facturation ou de caisse qui n’est pas immatriculé et qui doit obligatoirement recourir à une plateforme agréée pour transmettre. La DGFiP a d’ailleurs créé deux logos distincts pour les identifier.

Un logiciel de gestion peut donc rester parfaitement en place. Ce qui doit exister, c’est le raccordement entre lui et une plateforme immatriculée, et la certitude que ce raccordement porte sur les trois flux : l’émission, la réception et, le moment venu, l’e-reporting. Notre guide de la facturation électronique et de l’e-reporting pose le cadre général auquel cet article se rattache.

Où en sont Sage, EBP, Odoo et Dolibarr

La DGFiP publie deux fichiers. Le premier recense les « opérateurs satisfaisant à l’ensemble des conditions, incluant les tests d’interopérabilité » : 149 lignes dans le fichier généré le 2 septembre 2026. Le second recense 14 candidats ayant déposé un dossier complet, encore en attente d’immatriculation définitive. Voici ce qu’on y lit pour les quatre éditeurs.

ÉditeurSur la liste des plateformes agréées ?Date de délivrance du numéroPar quelle plateforme passent vos factures
SageOui22/12/2025La plateforme agréée Sage, intégrée aux logiciels de l’éditeur
OdooOui15/04/2026La plateforme agréée Odoo, via le module de localisation française
EBPNon, sur aucune des deux listesSans objetShine, plateforme agréée le 21/05/2026, en intégration native avec les logiciels EBP
DolibarrNon, sur aucune des deux listesSans objetUne plateforme au choix, via le module eInvoicing ; EsaLink (11/12/2025) et Super PDP (22/12/2025) sont présentées comme testées

L’absence d’EBP et de Dolibarr de ces listes n’est pas un défaut de conformité. C’est un choix d’architecture : l’un s’adosse à une plateforme partenaire, l’autre laisse l’utilisateur choisir la sienne. Cegid, souvent cité dans la même famille d’outils, figure pour sa part sur la liste depuis le 18 décembre 2025.

Conserver, connecter ou migrer : l’arbre de décision

Prenez les questions dans l’ordre. La première réponse négative détermine l’issue.

  1. Votre version est-elle encore maintenue par l’éditeur, et dans le périmètre annoncé pour la facturation électronique ? Si non, aucun raccordement n’est possible : vous êtes en migration, c’est-à-dire une montée de version avant toute autre décision.
  2. Votre éditeur est-il lui-même plateforme agréée, ou publie-t-il une plateforme partenaire immatriculée ? Si oui, l’issue est conserver : le raccordement est déjà prévu, il reste à l’activer et à vérifier son périmètre. Si non, passez à la question suivante.
  3. Existe-t-il un connecteur documenté entre votre logiciel et une plateforme agréée de votre choix ? Si oui, l’issue est connecter : vous gardez le logiciel et vous souscrivez séparément à une plateforme. Si non, l’issue est migrer vers un outil raccordé.
  4. Le raccordement couvre-t-il les trois flux dont vous avez besoin : réception, émission et e-reporting ? Si un flux manque, restez en connecter mais prévoyez une seconde solution pour le flux manquant, la réglementation autorisant plusieurs plateformes pour une même entreprise.
  5. Le coût annoncé tient-il compte de votre volume réel de factures ? Si le tarif est présenté comme inclus mais assorti d’un plafond, calculez au-delà du plafond avant de conclure que la solution est gratuite.

Ce que chaque éditeur publie, et à quelles conditions

Sage : inclus, avec un plafond en note de bas de page

La base de connaissances de Sage, modifiée le 28 août 2026, écrit que « tous les logiciels Sage sont conformes à la facturation électronique et intègrent la Plateforme Agréée Sage (anciennement PDP), sans surcoût* ». L’astérisque renvoie à une précision qui change le calcul : « Service gratuit dans la limite d’un nombre maximum de factures par produit ». Le plafond dépend du produit et n’est pas publié dans cet article : c’est la première question à poser à votre revendeur.

Sage cite parmi les produits concernés Sage 50, Sage 100, Sage X3, Sage FRP 1000, Sage Génération Experts, Batigest Connect, Sage Active et Sage Accès PA. Le parcours d’inscription commence par une vérification d’éligibilité, ce qui signifie que toutes les configurations ne passent pas. L’éditeur indique aussi que le numéro d’immatriculation de sa plateforme est le 00052, et que le formulaire d’inscription n’est plus modifiable une fois envoyé.

Deux points méritent d’être notés parce qu’ils valent bien au-delà de Sage. D’abord, l’éditeur écrit que « le rôle de la plateforme agréée n’est pas de faire de l’archivage » et qu’un module complémentaire est nécessaire pour la conservation. Ensuite, il décrit trois usages possibles pour une adresse de facturation électronique, « Tout », « Envoi uniquement » et « E-reporting uniquement », en précisant que seules les adresses de réception sont déclarées dans l’annuaire.

EBP : une plateforme partenaire et deux parcours selon la gamme

EBP n’est pas immatriculé et ne le revendique pas. L’éditeur oriente ses clients vers la plateforme agréée Shine, avec une « intégration native ». Sa page d’inscription distingue trois situations : les utilisateurs d’EBP Open Line Plus activent la plateforme directement depuis leur logiciel, les utilisateurs d’EBP Open Line s’inscrivent en suivant un tutoriel dédié, et les non-clients suivent le même tutoriel. La gamme détermine donc le niveau d’automatisation, et c’est le point à vérifier avant de supposer que tout se fera depuis le logiciel.

Aucun tarif n’est affiché sur les pages EBP consacrées à la plateforme agréée. La question du coût, y compris d’un éventuel plafond de factures, doit être posée par écrit avant l’activation.

Odoo : plateforme agréée depuis avril 2026

Odoo figure sur la liste de la DGFiP avec un numéro d’immatriculation délivré le 15 avril 2026, et annonce sur son site être une plateforme agréée gratuite. Sa documentation française décrit un module dédié à la facturation électronique obligatoire pour envoyer et recevoir des documents via cette plateforme, ainsi qu’un module distinct d’e-reporting pour le point de vente. Le périmètre des versions couvertes n’est pas exposé sur les pages consultées : demandez-le pour votre propre version avant de planifier une bascule.

Dolibarr : un module externe et des pratiques à corriger

Le site officiel du projet, mis à jour le 30 juillet 2026, indique que le module externe eInvoicing est disponible sur la place de marché du projet et sur son dépôt communautaire, qu’il fonctionne des versions 18 à 23 avec un minimum de Dolibarr 18 et de PHP 7.2, et que les versions recommandées sont 21, 22 ou 23. Deux plateformes agréées sont présentées comme opérationnelles et testées : EsaLink, accessible uniquement par un distributeur adhérent à l’association PDP Libre, et Super PDP, accessible en direct.

La partie la plus utile de cette page est la liste des pratiques que la conformité oblige à abandonner : les lignes négatives dans les factures, les lignes optionnelles conservées dans une facture validée, l’absence de verrouillage après validation, et le traitement des factures d’acompte comme de simples paiements. Ces réglages sont fréquents dans les installations anciennes et ne se corrigent pas la veille de la bascule. Le projet recommande enfin de budgéter à la fois la montée de version et l’abonnement à la plateforme.

Point de vigilance du cabinet

Les documentations éditeurs comportent des imprécisions réglementaires, y compris quand elles sont récentes et de bonne foi. Une page officielle de projet lue le 4 septembre 2026 présente ainsi quatre statuts obligatoires sous des libellés qui ne sont pas ceux du texte : l’arrêté en vigueur retient « Dépôt », « Rejet », « Refus » et « Encaissée ». Vérifiez les règles sur le code général des impôts, pas sur la documentation de votre outil, et gardez la documentation éditeur pour ce qu’elle vaut : la description de son produit.

Les questions techniques à poser à votre éditeur

Envoyez-les par écrit et conservez la réponse. Elle documente vos diligences si un flux se comporte mal après la bascule. Les cinq combinaisons admises par l’article 41 septies C, entre les profils EN 16931 et EXTENDED-CTC-FR et les formats CII, UBL ou mixte, sont détaillées dans notre comparatif des formats Factur-X, UBL et CII.

  1. Ma version exacte, avec son niveau de mise à jour, est-elle dans le périmètre annoncé pour la facturation électronique, et jusqu’à quand ?
  2. Êtes-vous immatriculé plateforme agréée, ou passez-vous par un partenaire ? Sous quel nom exact figure-t-il sur la liste de la DGFiP ?
  3. Le raccordement couvre-t-il la réception, l’émission et l’e-reporting, ou seulement une partie ?
  4. Quels formats du socle émettez-vous et recevez-vous : profil EN 16931 ou EXTENDED-CTC-FR, en CII, en UBL, ou en format mixte ?
  5. Comment sont restitués les quatre statuts obligatoires, et où les voit-on dans le logiciel ?
  6. Qui déclare mon entreprise dans l’annuaire central, et quel document matérialise mon accord formel ?
  7. Quelle adresse de facturation électronique sera déclarée, et pour quel usage : tout, envoi seul, ou e-reporting seul ?
  8. Le service est-il inclus dans mon abonnement, et si oui jusqu’à combien de factures par an ? Que se passe-t-il au-delà ?
  9. Quel est le calendrier de disponibilité effective de chaque fonction sur ma version, par opposition à la feuille de route annoncée ?
  10. Quels réglages actuels de mon dossier devront être modifiés, et lesquels bloqueront la conformité s’ils restent en place ?
  11. Que devient l’archivage : le prenez-vous en charge, et sur quelle durée, sachant que le délai passe à 10 ans pour les documents dont la conservation expire après le 1er janvier 2027 ?
  12. En cas de rejet technique, quel diagnostic m’est remis et par quel canal ?
  13. Si je quitte votre solution, sous quel format et dans quel délai récupérerai-je mes factures émises et reçues ?
  14. Puis-je conserver une plateforme de réception différente de la vôtre, et le logiciel le supporte-t-il ?
  15. Le contrat prévoit-il quelque chose si votre plateforme, ou celle de votre partenaire, perd son immatriculation ?

Ce qu’aucun éditeur ne fait à votre place

La qualité de votre base clients reste votre affaire. Le routage d’une facture repose sur l’identification exacte du destinataire ; un SIREN erroné, un établissement fermé ou un doublon suffisent à bloquer un flux. Les mentions obligatoires ont aussi changé, avec l’ajout du numéro SIREN du client, de l’adresse de livraison quand elle diffère, et de la nature des opérations facturées. La liste complète des dix-huit mentions de l’article 242 nonies A, et celles qui doivent figurer dans un champ structuré, est reprise dans les mentions obligatoires d’une facture électronique.

La conservation des factures reste également à votre charge. Le délai de droit commun est de 6 ans, porté à 10 ans par la loi du 25 juin 2026 pour les documents dont le délai de conservation expire après le 1er janvier 2027. Une plateforme agréée transmet et route ; elle n’a pas pour fonction d’archiver, ce que la documentation de Sage énonce clairement.

Reste la trajectoire de conformité, qui se documente. L’administration a annoncé ne pas sanctionner en 2026 les entreprises de bonne foi engagées dans une régularisation, en précisant qu’une simple déclaration d’intention ne suffit pas. Un contrat avec une plateforme, des échanges avec l’éditeur, un calendrier de raccordement et des traces de tests valent mieux qu’une conformité approximative et silencieuse. Notre comparatif des logiciels de comptabilité replace ces quatre outils dans un ensemble plus large.

Questions fréquentes

Est-il obligatoire d’utiliser un logiciel de facturation ?

Aucun texte n’impose un logiciel de facturation en particulier. Ce que la réforme impose, c’est que la facture soit émise, transmise et reçue sous forme dématérialisée structurée, en passant par une plateforme agréée. En pratique, produire une facture au profil EN 16931 en CII, en UBL ou en format mixte, puis la déposer sur une plateforme, suppose un outil qui sait le faire. Le choix reste ouvert entre un logiciel de gestion raccordé et l’interface de la plateforme elle-même. Un traitement de texte ou un tableur n’entre pas seul dans ce circuit, ce qui ne lui retire pas toute place en amont : facturer avec Word ou Excel délimite ce qui reste possible.

Quel logiciel de facturation électronique choisir quand on en a déjà un ?

Commencez par ne pas en changer. Vérifiez la version installée, le périmètre annoncé par l’éditeur et l’existence d’un raccordement documenté vers une plateforme agréée. Un changement d’outil déplace le sujet mais ajoute une reprise de données, une reprise de numérotation et une formation. Le changement se justifie quand la version n’est plus maintenue, quand aucun connecteur n’existe, ou quand le coût au-delà du plafond inclus dépasse celui d’une solution raccordée. Si le changement s’impose, notre comparatif d’Indy, Qonto et Pennylane confronte quatre plateformes agréées sur quatorze critères.

Mon logiciel n’est pas sur la liste de la DGFiP, est-ce grave ?

Non, dans la très grande majorité des cas. La liste recense les plateformes agréées, pas les logiciels de gestion. Un logiciel non immatriculé est une solution compatible : il doit recourir à une plateforme agréée pour transmettre. La situation devient problématique dans un seul cas, quand aucun raccordement n’existe et qu’aucun n’est annoncé avec une date. C’est alors le calendrier de l’éditeur, pas son absence de la liste, qui doit vous inquiéter.

Faut-il migrer avant le 1er septembre 2027 ?

La réception est déjà obligatoire depuis le 1er septembre 2026 pour toutes les entreprises assujetties, quelle que soit leur taille. L’émission et l’e-reporting s’ouvrent au 1er septembre 2027 pour les PME et les micro-entreprises. Une montée de version se planifie sur un exercice, pas sur un mois, et les prestataires se chargent à mesure que l’échéance approche. Le bon repère est la clôture de votre exercice, pas la date légale.

Peut-on héberger sa propre plateforme agréée ?

C’est juridiquement possible mais hors de portée d’une entreprise ordinaire. L’immatriculation suppose un dossier démontrant la conformité fiscale, la sécurité des infrastructures et des données, une certification par un organisme accrédité et la réussite de tests d’interopérabilité en conditions réelles, le tout renouvelable. Pour un utilisateur d’ERP libre, la voie réaliste consiste à choisir une plateforme agréée existante et à s’y raccorder.

Mon éditeur me dit que tout est inclus, dois-je m’en contenter ?

Demandez la phrase complète, notes de bas de page comprises. L’exemple de Sage est instructif : la conformité est annoncée « sans surcoût », avec un astérisque précisant que la gratuité vaut dans la limite d’un nombre maximum de factures par produit. Un plafond n’a rien d’anormal, il doit simplement être connu et comparé à votre volume annuel réel, factures fournisseurs comprises.

Ce qu’il faut vérifier cette semaine

  1. Notez votre version exacte et son niveau de mise à jour, puis confrontez-la au périmètre publié par l’éditeur. C’est cette ligne qui décide entre conserver, connecter et migrer.
  2. Ouvrez la liste de la DGFiP et cherchez le nom exact de la plateforme qui transmettra vos factures, la vôtre ou celle de votre partenaire. Gardez une copie datée du fichier.
  3. Envoyez les quinze questions ci-dessus à votre éditeur ou à votre revendeur, et classez la réponse avec vos pièces de conformité.
  4. Passez une facture réelle de bout en bout, de l’émission à l’écriture comptable, puis faites le trajet inverse avec une facture fournisseur reçue par la plateforme.

Sources officielles consultées

Informations vérifiées le 4 septembre 2026.

Anthony Haddad Expert-comptable Commissaire aux comptes Co-Founder Myne

Anthony Haddad

Expert-comptable & Commissaire aux comptes

Co-fondateur du cabinet Myne. Anthony accompagne les dirigeants dans la structuration financière, l'audit et l'optimisation de leur entreprise.

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