Une évaluation donne une valeur, pas un prix. La valeur se démontre par une méthode et des hypothèses écrites. Le prix sort d’une négociation, de la concurrence entre acquéreurs et de la capacité de financement de celui qui achète. Confondre les deux conduit à des discussions sans issue, dans un sens comme dans l’autre. Cette page décrit les méthodes retenues, les retraitements qui déplacent réellement le résultat, et ce que contient le rapport remis.
Quand une évaluation est demandée
Six situations reviennent, et elles n’appellent pas le même travail. La cession de l’entreprise ou d’une branche d’activité. L’entrée ou la sortie d’un associé, où la valeur sert à fixer un prix entre parties qui se connaissent. L’apport de titres à une holding, qui suppose l’intervention d’un commissaire aux apports. La transmission familiale, souvent adossée à un engagement de conservation. La levée de fonds, où la valorisation détermine la dilution. Enfin les besoins comptables, comme un test de dépréciation sur des titres de participation ou un écart d’acquisition.
Le destinataire du rapport change la manière de travailler. Un acquéreur cherche ce qui peut faire baisser la valeur, un juge cherche une méthode défendable, un investisseur cherche la cohérence entre les projections et l’historique. Une évaluation écrite pour un lecteur ne sert pas telle quelle à un autre.
Les trois familles de méthodes
L’administration les présente sur sa fiche Valoriser son entreprise avant la transmission, et la pratique professionnelle les combine plutôt que de les opposer.
L’approche patrimoniale
Elle part de l’actif net comptable, corrigé des écarts entre valeur comptable et valeur réelle : immobilier inscrit au coût historique, stocks dépréciés, créances douteuses, engagements hors bilan, impôt latent sur les plus-values. Elle convient aux sociétés dont la valeur tient aux actifs, holdings patrimoniales et sociétés immobilières en particulier. Seule, elle ignore la rentabilité et le potentiel, ce que la fiche officielle rappelle explicitement.
L’approche par la rentabilité
Elle estime ce que l’entreprise rapportera, puis ramène ces flux à leur valeur d’aujourd’hui. Deux variantes coexistent : un multiple appliqué à un résultat normatif, et l’actualisation des flux de trésorerie futurs. La première est rapide et se discute sur le choix du multiple. La seconde est plus fine et très sensible aux hypothèses : taux d’actualisation, durée retenue, valeur terminale. Nos articles sur l’EBITDA normatif et sur le coût moyen pondéré du capital détaillent ces deux paramètres.
L’approche comparative
Elle confronte l’entreprise à des transactions récentes sur des sociétés comparables, ou applique un barème professionnel quand il en existe un, comme pour certains fonds de commerce. Sa limite est l’échantillon : des comparables mal choisis produisent une fourchette large et peu utile, et un barème ignore le bail, la clientèle et la dépendance au dirigeant.
Les retraitements qui déplacent le résultat
C’est là que se joue l’essentiel, bien plus que dans le choix de la méthode. Cinq postes reviennent à chaque dossier.
- La rémunération du dirigeant. Une rémunération très inférieure ou très supérieure au marché fausse le résultat retenu. Le retraitement consiste à la ramener au coût d’un dirigeant salarié équivalent.
- Les éléments non récurrents. Un litige gagné, une subvention exceptionnelle, une cession d’actif : ils sortent du résultat normatif.
- L’immobilier d’exploitation. Détenu ou loué, à l’entreprise ou à une société liée, il change la structure de charges et la valeur des titres.
- La dette nette. La valeur des titres se déduit de la valeur d’entreprise après prise en compte de la trésorerie, des emprunts, des comptes courants d’associés et des engagements assimilables à de la dette.
- Le besoin en fonds de roulement. Un BFR anormalement bas au moment de l’évaluation, parce que les fournisseurs ont été payés tardivement, se corrige sur une moyenne.
Chacun de ces retraitements se documente. Un rapport qui annonce une valeur sans exposer les corrections appliquées ne résiste pas à la première contre-analyse.
Ce que contient le rapport
Le document présente le contexte et le destinataire, la période analysée, les comptes utilisés et leur nature, les retraitements pratiqués avec leur justification, les méthodes retenues et celles écartées avec le motif, les hypothèses chiffrées, une fourchette de valeurs plutôt qu’un montant unique, et les limites de l’exercice. Les données provisoires sont signalées comme telles.
Quand les comptes de référence ne sont pas ceux d’un exercice clos, une situation comptable intermédiaire sert de base. Pour un groupe, la lecture passe par des comptes consolidés, faute de quoi les flux internes gonflent artificiellement l’activité.
Ce que Myne prend en charge
Nous menons l’évaluation, du cadrage du périmètre à la remise du rapport, et nous en défendons les hypothèses devant l’acquéreur, l’investisseur ou le conseil de la partie adverse. Nous intervenons aussi en contre-évaluation, quand un dirigeant reçoit une offre et veut comprendre ce qui la soutient.
Deux limites de principe. Nous n’évaluons pas une entité dont nous certifions les comptes : la mission d’évaluation et le commissariat aux comptes ne se cumulent pas sur la même société, et notre page sur le commissariat aux comptes expose cette séparation. Nous ne produisons pas non plus de valeur de complaisance : lorsque la fourchette ne correspond pas à l’attente, nous le disons avant la rédaction.
Les opérations qui suivent l’évaluation relèvent d’autres missions : commissariat aux apports pour un apport en nature, audit contractuel pour un audit d’acquisition, holding pour une restructuration patrimoniale. Première réponse sous 24 heures ouvrées via notre formulaire de contact.
Questions fréquentes
Quelle méthode retenir pour évaluer une entreprise ?
Aucune seule. La pratique consiste à en appliquer au moins deux, puis à expliquer l’écart entre elles. Une société de services vaut surtout par sa rentabilité, une société immobilière par ses actifs, un fonds de commerce se compare à des transactions récentes.
Une évaluation fixe-t-elle le prix de cession ?
Non. Elle donne une fourchette argumentée qui sert de base à la négociation. Le prix final dépend du nombre d’acquéreurs, des garanties consenties, des modalités de paiement et du financement obtenu.
Sur combien d’exercices faut-il travailler ?
Trois exercices clos au minimum, complétés d’une situation intermédiaire lorsque la date d’évaluation s’éloigne de la dernière clôture. Un historique plus court reste exploitable, mais la fourchette s’élargit.
Mon expert-comptable peut-il évaluer ma société ?
Oui, l’évaluation fait partie des missions de l’expertise comptable. La seule incompatibilité tient au commissariat aux comptes : le cabinet qui certifie les comptes d’une société ne l’évalue pas.
Combien de temps prend une évaluation ?
Le délai dépend de la disponibilité des comptes et de la clarté du périmètre. L’essentiel du temps passe dans les retraitements et dans la collecte des pièces, pas dans le calcul.
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