Myne est un cabinet d’expertise comptable et de commissariat aux comptes installé à Paris 17e. Nous suivons des brasseries : service continu, cuisine ouverte du déjeuner au soir, forte rotation et un modèle où la bière pression pèse autant que la carte. Deux sujets y décident de la rentabilité et n’apparaissent dans aucun manuel de comptabilité générale : le contrat qui vous lie à votre fournisseur de boissons, et la façon dont vos murs ont été payés.
Les défis comptables, fiscaux et sociaux propres à une brasserie
Le contrat de brasseur : une aide qui est d’abord une dette
La quasi-totalité des brasseries est liée par un contrat d’approvisionnement exclusif, dit contrat de bière. Le fournisseur consent une avance en compte, prête le matériel de tirage et parfois finance l’enseigne ; en contrepartie, vous vous engagez sur un volume annuel, exprimé en hectolitres, pendant une durée déterminée.
Ce montage se traite mal quand on le lit comme une subvention. Trois règles.
- L’avance reçue est une dette financière, pas un produit. Elle s’éteint progressivement, généralement par imputation d’une remise à l’hectolitre sur les volumes réellement achetés.
- La remise obtenue est un produit rattaché aux achats de la période. La comptabiliser en une fois à la signature gonfle un exercice et appauvrit les suivants.
- Le matériel mis à disposition sans transfert de propriété ne figure pas à votre actif : vous n’en avez pas le contrôle. L’immobiliser crée un amortissement fictif et une plus-value fantôme le jour où le brasseur le reprend.
Le vrai risque est ailleurs : si le volume contractuel n’est pas atteint, le solde de l’avance devient exigible, souvent d’un coup. Une brasserie qui a vu sa fréquentation baisser porte donc une dette latente que son bilan ne montre pas si personne n’a lu le contrat. Nous évaluons ce passif chaque année sur la base des volumes réels, et nous vérifions la durée d’exclusivité : une clause d’approvisionnement exclusif ne peut excéder dix ans.
Droit d’entrée, pas-de-porte et agencements : trois traitements, une seule lecture du bail
La somme versée à l’entrée dans les lieux n’a pas de traitement unique. Elle dépend de ce qu’elle rémunère, et cela se lit dans le bail, pas dans l’intitulé du virement.
| Nature réelle du versement | Traitement | Conséquence |
|---|---|---|
| Supplément de loyer versé d’avance au bailleur | Charge répartie sur la durée du bail | Déductible progressivement |
| Contrepartie de l’acquisition du droit au bail | Immobilisation incorporelle | Non amortissable, testée pour dépréciation |
| Travaux et agencements réalisés dans un local loué | Immobilisation corporelle | Amortie sur la durée d’utilisation |
L’erreur que nous corrigeons le plus souvent consiste à aligner l’amortissement des agencements sur la durée du bail. La durée à retenir est celle de l’utilisation réelle du bien ; en revanche, un risque sérieux de non-renouvellement justifie une dépréciation. La différence n’est pas cosmétique : elle déplace plusieurs dizaines de milliers d’euros de résultat.
Le service continu coûte plus cher qu’il ne rapporte, si personne ne le mesure
La brasserie se distingue du restaurant classique par l’absence de coupure : la salle reste ouverte entre les services. Cette amplitude a un coût de personnel constant face à une recette qui s’effondre l’après-midi.
Le suivi utile est donc horaire, pas mensuel : recette par tranche, effectif présent par tranche, et coût horaire chargé réel. Beaucoup de brasseries découvrent ainsi qu’elles financent quatre heures quotidiennes de présence pour une marge inférieure au coût du personnel, et qu’un ajustement d’effectif, pas une hausse de prix, résout le problème.
Prime cost : coût matière et coût du personnel réunis
Le prime cost additionne le coût matière et le coût total du personnel, charges comprises. C’est l’indicateur de référence du secteur, parce que ces deux postes sont les seuls réellement pilotables au quotidien et qu’un point gagné sur l’un compense un point perdu sur l’autre. Nous le calculons chaque mois, décomposé entre food cost et coût liquide, ces deux-là n’ayant ni la même marge ni les mêmes leviers.
Notre accompagnement à chaque étape de la vie de l’établissement

Installation : ouvrir ou reprendre une brasserie
Auditer le contrat de brasseur avant de reprendre le fonds
Avant toute reprise, nous lisons le contrat d’approvisionnement : solde d’avance restant dû, volume résiduel engagé, durée restante, sort du matériel. Un fonds affiché à un prix raisonnable peut porter une dette de brasseur qui change entièrement l’équation de financement.
Licence, bail et destination des locaux
Catégorie de licence, extraction, terrasse et clause de destination du bail déterminent l’offre que vous pourrez réellement exploiter. Les règles propres aux licences de débit de boissons sont détaillées sur notre page café et bar.
Structure, financement et prévisionnel
Nous arbitrons la forme sociale, construisons le plan de financement travaux compris, et bâtissons un plan de trésorerie qui intègre le décalage entre l’investissement d’agencement et la montée en régime de la fréquentation.
Quotidien : matière, liquide, personnel
Suivi séparé du food cost et du coût liquide
Nous ne mélangeons jamais les deux. Une brasserie perd rarement sur la cuisine : elle perd sur la pression, à cause de la coulure, des réglages de tireuse et des offerts. L’écart entre les hectolitres achetés et les volumes facturés en caisse se mesure, et se corrige.
Inventaire tournant et pertes
Un inventaire complet mensuel n’est pas tenable en service continu. Nous mettons en place un inventaire tournant sur les familles à forte valeur (spiritueux, vins, viandes) et isolons les pertes du coût matière pour ne pas fausser vos prix de vente.
Paie HCR, extras et amplitude
Durée du travail, majorations, jours fériés, repos hebdomadaire et contrats de mission relèvent de la convention des hôtels, cafés, restaurants. Notre mission de paie traite les permanents et les extras, avec l’avantage en nature nourriture valorisé par repas fourni, et un rapprochement entre planning et heures payées.
Rapprochement caisse, banque et comptabilité
Espèces, cartes, titres-restaurant et plateformes de réservation ou de livraison sont rapprochés quotidiennement, chaque flux gardant sa ventilation de TVA d’origine.
Optimisation : carte, contrat, murs
Renégocier le contrat d’approvisionnement au bon moment
La renégociation ne se prépare pas à l’échéance mais douze à dix-huit mois avant, avec en main les volumes réels et la marge par référence. C’est le seul moment où l’avance résiduelle joue en votre faveur plutôt qu’en votre défaveur.
Reconstruire la carte sur la marge, pas sur le prix
Nous croisons volumes vendus et marge unitaire réelle. Dans une brasserie, les plats les plus vendus sont rarement les plus rentables, et la correction passe le plus souvent par le grammage et la structure de la formule plutôt que par le prix affiché.
Acheter les murs
Lorsque le bailleur vend, l’arbitrage entre acquisition par la société d’exploitation et acquisition par une société civile dédiée engage la fiscalité des vingt années suivantes. Loger les murs dans l’exploitation les expose au sort de l’exploitation ; les loger dans une société civile suppose de choisir son régime d’imposition, ce qui commande l’amortissement du bien et le calcul de la plus-value au moment de revendre. Notre page SCI à l’impôt sur les sociétés traite cette option.
Cession, transmission ou difficultés
Préparer la vente
Nous reconstituons une rentabilité normative, purgeons les charges non récurrentes et documentons ce qui se transmet réellement : contrat de brasseur, droit au bail, licence, autorisation de terrasse. Un acquéreur informé paie mieux qu’un acquéreur surpris en cours d’audit.
Agir tôt en cas de tension
Le point de bascule d’une brasserie est presque toujours le même : une baisse de volume qui rend l’engagement d’approvisionnement inatteignable et rappelle l’avance. Nous suivons cet indicateur avec vous et ouvrons les discussions avec le brasseur avant que la clause ne se déclenche.
Les outils connectés à votre établissement
Caisse, réservation et comptabilité
Logiciel de caisse, module de réservation, terminal de paiement et comptes bancaires alimentent la comptabilité sans ressaisie, avec la ventilation de TVA portée par l’article vendu. Les exigences de conformité des logiciels de caisse sont traitées sur notre page hôtellerie-restauration.
Facturation électronique et clientèle mixte
Depuis le 1er septembre 2026, toute entreprise doit pouvoir recevoir une facture électronique ; l’obligation d’émission concerne les PME et microentreprises au 1er septembre 2027. Vos notes de restaurant aux particuliers relèvent de l’e-reporting, vos factures aux comptes entreprises de la facture électronique : une brasserie doit gérer les deux flux. Notre page sur la facturation électronique en restauration et commerce sépare ces deux réglementations, celle du logiciel de caisse et celle de la facture, et indique ce que devient une note de restaurant lorsqu’un client professionnel en demande une facture.
Si votre établissement n’est pas exactement une brasserie
Trois exploitations voisines déplacent les équilibres décrits plus haut. Quand la recette vient d’abord du comptoir, la licence et la marge sur les boissons commandent le résultat davantage que le coût matière des plats : notre page café et bar traite ce modèle ainsi que l’exploitation d’une terrasse.
Les prestations événementielles et les privatisations obéissent à d’autres règles de TVA et d’encaissement : voir notre page traiteur.
Enfin, exploiter sous enseigne ajoute un droit d’entrée, des redevances et un document d’information précontractuelle à lire avant de signer : ces éléments sont traités sur notre page franchise de restauration.
FAQ : les questions fréquentes des exploitants de brasserie
Quel est le tarif d’un expert-comptable pour une brasserie ?
Il dépend du chiffre d’affaires, de l’effectif, du nombre de services et du niveau de suivi souhaité. Une brasserie de quinze salariés avec inventaire tournant et prime cost mensuel n’a pas le même coût qu’une structure familiale sans salarié. Nous chiffrons après avoir vu un exercice complet et une paie type, en distinguant tenue, paie, déclarations et missions ponctuelles.
Comment comptabiliser une avance de brasseur ?
En dette financière au passif, et non en produit. Elle se réduit au fur et à mesure de l’imputation des remises sur les volumes achetés. Le solde restant dû est exigible si l’engagement de volume n’est pas tenu.
Combien de temps peut durer une clause d’approvisionnement exclusif ?
Dix ans au maximum. Une clause plus longue est réputée non écrite pour la période excédentaire, ce qui peut ouvrir une renégociation là où l’exploitant se croyait lié.
Le matériel de tirage prêté par le brasseur doit-il figurer à mon bilan ?
Non, tant qu’il n’y a pas transfert de propriété : vous n’en avez pas le contrôle. L’inscrire à l’actif crée un amortissement injustifié et complique la restitution.
Un pas-de-porte est-il déductible ?
Cela dépend de sa nature réelle. Un supplément de loyer versé d’avance se répartit en charges sur la durée du bail ; une contrepartie d’acquisition du droit au bail constitue une immobilisation incorporelle non amortissable. Seul le bail permet de trancher.
Sur quelle durée amortir les agencements d’une brasserie ?
Sur leur durée réelle d’utilisation, et non sur la durée du bail. Si le renouvellement est sérieusement compromis, la réponse n’est pas de raccourcir l’amortissement mais de constater une dépréciation.
Qu’est-ce que le prime cost et à quel niveau doit-il se situer ?
C’est la somme du coût matière et du coût total du personnel charges comprises. Il n’existe pas de norme universelle : la cible se fixe par rapport à votre propre historique et à votre modèle de service, puis se suit mensuellement. Sa dégradation précède toujours celle de la trésorerie.
Comment expliquer l’écart entre les fûts achetés et la bière facturée ?
Par la coulure au réglage, la mousse, les offerts non saisis et la consommation du personnel. Chacun se mesure séparément : le premier se corrige techniquement, les autres se corrigent en caisse, par des catégories dédiées.
Quelle convention collective pour une brasserie ?
Celle des hôtels, cafés, restaurants (IDCC 1979), qui fixe la durée du travail, les classifications, les majorations et les jours fériés. Le service continu ne dispense d’aucune de ces règles.
Une microbrasserie relève-t-elle des mêmes règles ?
Non. Produire de la bière fait entrer dans le régime des accises : statut d’entrepositaire agréé, déclaration récapitulative mensuelle, et taux réduit d’accise pour les petites brasseries indépendantes sous seuil de production. C’est une activité de production, distincte de l’exploitation d’un établissement.
Comment valoriser une brasserie à la vente ?
Sur la rentabilité normative retraitée, en tenant compte de ce qui se transmet réellement : droit au bail, licence, autorisation de terrasse, et surtout contrat de brasseur avec son avance résiduelle et son engagement de volume, qui se reprend rarement sans renégociation.
Sources officielles
- Code de commerce, article L. 330-1 : durée maximale de dix ans des clauses d’exclusivité d’approvisionnement.
- Plan comptable général, articles 213-1 et suivants : définition et comptabilisation des actifs, contrôle de la ressource.
- Plan comptable général, articles 214-1 et suivants : amortissement sur la durée d’utilisation et dépréciation des actifs.
- Code de commerce, articles L. 145-1 et suivants : baux commerciaux, droit au bail et renouvellement.
- CGI, articles 278-0 bis A et 279 m : taux de TVA en restauration et sur les boissons.
- Code des impositions sur les biens et services : accises sur les alcools et régime des petites brasseries indépendantes.
- Convention collective nationale des hôtels, cafés, restaurants (IDCC 1979).
- Article 91 de la loi de finances pour 2024 : calendrier de la facturation électronique.
Mise à jour le 6 septembre 2026.
Parler de votre brasserie avec Myne
Votre contrat de brasseur, un mois de caisse et le dernier bilan suffisent à dire ce que pèse réellement votre engagement de volume, où part votre marge liquide et si vos agencements sont amortis correctement. Écrivez-nous.



